CQFD

Surveillance policière

Tout flic fliqué flippe


paru dans CQFD n°94 (novembre 2011), par Sébastien Navarro, illustré par
mis en ligne le 06/01/2012 - commentaires

La maison poulaga ne daigne point subir ce qu’elle inflige ! Le 14 octobre dernier, le tribunal de grande instance de Paris ordonnait la fermeture de copwatchnord-idf.org, site qui recense frimousses et méfaits de policiers en civil. Tour d’horizon de cette pratique salutaire…

par BerthIls étaient pourtant prévenus, les copwatchers ! Déjà, en décembre 2010, le Brice Hortefeux de l’Intérieur exigeait que le site Indymedia Paris retire ses photos de flics en civil et les commentaires associés jugés « injurieux et indignes ».

Le copwatching ? C’est une pratique initiée dans les années 1960 par les Black Panthers qui organisaient des patrouilles de rue afin de surveiller les agissements de la police. Pendant les années 1980 et 1990, la technique s’est répandue à travers les États-Unis, et a essaimé jusqu’en Europe. C’est à Calais, en 2003, suite à la fermeture du camp de réfugiés de Sangatte, que Zetkin [1] inaugure le flicage de la flicaille française. Depuis 2006, un collectif lillois fiche patiemment les agents officiant au sein des Brigades anticriminalité (Bac) locales. Des profils publiés sur Indymedia naît le site copwatchnord-idf.org en automne 2011, site rapidement pris en grippe par le très droitier syndicat de police Alliance. Comme en 2010, cette organisation trouve auprès de son ministre de tutelle – l’inénarrable Claude Guéant – une oreille attentive, qui soutient que ce fichage peu orthodoxe met en danger la vie des policiers et nuit à leur travail.

Cette base de données, qui couvre le Nord et l’Île-de-France, révèle surtout – grâce à des infos glanées sur les réseaux sociaux ou sur le terrain – de sérieuses propensions à la brutalité assermentée ainsi que de vives sympathies pour l’extrême droite. Ainsi en est-il de cette fliquette de la Police aux frontières (Paf) de Coquelles qui « tape dans les Caméscopes pour les détruire » et « humilie les migrants ». De ce brigadier de Belleville « stratège des guets-apens et de la chasse aux pauvres » qui « n’hésite pas à faire tabasser des personnes du marché des biffins ». Ou bien de cet agent de la Bac « fan des forums Facebook identitaires : “Pour ceux qui en ont marre que le racisme anti-blanc ne soit pas reconnu”, “À la place de René Galinier [2], moi aussi j’aurais tiré”. »

Le 14 octobre, le tribunal de grande instance de Paris ordonne donc l’interdiction du site… qui réapparaît très vite grâce à une trentaine de « miroirs » [3] ! « Des gens du monde entier ont permis d’empêcher le blocage grâce à la mise en place de ces sites “miroirs”. Ces gens ne sont pas toujours en accord avec nos propos, mais ils sont attachés à la défense des libertés d’Internet », explique à CQFD un animateur de copwatchnord-idf.org [4]. « Lorsque l’État ou les syndicats policiers nous accusent de mettre en danger les proches des policiers, c’est pour masquer les vraies questions que nous soulevons : la banalisation quotidienne des violences verbales et physiques, les abus de pouvoirs récurrents, les liens entre flics et fachos… Une dérive rendue possible par une quasi-impunité, la pression crescendo d’une politique du chiffre, des dispositifs sécuritaires qui ne cessent d’accroître les pouvoirs des flics et criminalisent toujours davantage les pauvres et les trublions contestataires. » Leur site se veut un outil permettant à chacun, militant ou non, d’éviter les coups en identifiant rapidement les flics en civil. Mais il peut aussi faciliter les démarches légales suite à des brutalités policières. Notre copwatcher donne un exemple récent : « Il y a peu, un voisin a subi une agression de la Bac. Il a été frappé, amené dans un local, ils lui ont pris son shit et son argent, et l’ont menacé. Le tout sans aucun procès-verbal ! Il a pu identifier deux des membres de la Bac grâce à notre base de données. »

Totalement indépendant du site interdit, le blog Copwatch France a profité du buzz médiatique. Ici, pas d’anonymat, le collectif s’inscrivant dans une démarche de vigilance républicaine : « Nous sommes des citoyens qui surveillons la police. D’un côté, on mène des investigations, de l’autre, on dénonce », explique Thomas. Dès sa création, ce collectif a organisé des équipes de copwatchers chargées de suivre les manifestations et d’y filmer les agissements de la police. « Il y a eu un débat, poursuit Thomas, pour savoir si on devait filmer de manière anonyme dans les cortèges, ou de manière identifiable en périphérie. Je préfère cette seconde option : il faut que nous soyons visibles des flics, que notre présence soit dissuasive. » Benjamin, un autre copwatcher, précise : « Qu’ils comprennent qu’à partir de maintenant, on ne laissera plus rien passer ». Une mise en garde que n’aurait pas reniée l’ex-Black Panther Ahmad Rahman qui, invité du Forum social des quartiers populaires de 2007, déclarait : « Que les habitants d’un quartier contrôlent la police, c’est l’idée même de la démocratie ! »


Notes


[1Alias Marie-Noëlle Gues, militante impliquée auprès des migrants de Calais, récemment décédée.

[2Septuagénaire condamné pour avoir tiré sur deux cambrioleuses d’origine rom, dans l’Héraut.

[3La liste des sites miroirs : http://werebuild.eu/wiki/Copwatch.

[4Pour des raisons de sécurité, l’anonymat a été requis.



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Par Sébastien Navarro


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