CQFD

REPRENDRE L’OUTIL ! REPENSER LA MACHINE ?


paru dans CQFD n°135 (septembre 2015), rubrique , par Momo Brücke, Daphné Blake, illustré par
mis en ligne le 03/02/2018 - commentaires

Enfin intégralement en ligne (et gratuitement), le dossier "Autogestion : reprendre l’outil ! Repenser la machine ?" du CQFD n°135 (Septembre 2015) !

Désolé pour le retard !

Par Mickomix. {JPEG}Le gigantesque réseau coopératif de Cecosesola au Venezuela, La conquête du pain, boulangerie bio et autogérée de Montreuil, ou encore Aureasocial, cœur barcelonais des coopératives intégrales catalanes : les diverses formes de l’expérience autogestionnaire et autres réseaux coopératifs ont toujours retenu notre attention. CQFD est de cette veine-là, autogérée et horizontale, et de tous les combats qui font vivre l’expérimentation sociale.

Dès ses balbutiements, à partir des années 1830, les idées du mouvement coopératif – qui défend l’émancipation des travailleurs – se sont fait capter par la philanthropie bourgeoise, soucieuse d’encourager l’esprit d’entreprise des ouvriers. Heureusement, ils ont été légion à résister.

Fondateur des Marmites, ces cuisines coopératives qui fleurissent à Paris avant la Commune, Eugène Varlin envisage par exemple les associations de coopératives comme « le moyen de supprimer le patronat trop multiplié, cet autre parasitisme qui nous exploite ». Également membre fondateur de la Société de secours mutuels des relieurs, cet artisan a fait sienne, sans doute sans la connaître, la pensée de Marx : «  Les innombrables formes contradictoires de l’unité sociale ne sauraient être éliminées par de paisibles métamorphoses. Au reste, toutes nos tentatives de les faire éclater seraient du donquichottisme si nous ne trouvions pas, enfouies dans les entrailles de la société telle qu’elle est, les conditions de production matérielles et les rapports de distribution de la société sans classes [1]. »

Repenser la machine en se la réappropriant, voici ce à quoi invite ce courant de pensée. Tous consommateurs, tous producteurs : la solidarité naîtra de l’échange des produits et de la réciprocité des services, pensait Varlin. Ces espoirs ont souvent été déçus... écrasés, même. Aussi bien par les Versaillais que par le socialisme étatique. Ils ont même pu être encouragés par les libéraux, qui en désamorçaient tout esprit critique.

Or, aussi discrètement soit-il, ces pratiques perdurent. C’est à leur rencontre que nous sommes partis : des entreprises récupérées par leurs travailleurs jusqu’aux coopératives fondées de toutes pièces. Leurs premières briques sont multiformes : élaboration d’un projet coopérativiste au cœur de la lutte ou réunion de camarades dans un projet utopiste critiquant le salariat et le capitalisme.

Toutes jeunes expériences, les ex-Fralib (Provence) et les bus d’ABC Coop (Uruguay) empruntent, en terme de production, des circuits bien balisés : l’objet à produire ou le service à rendre était déjà là. C’est la crise, puis la lutte qui ont révélé les envies de fonctionner ensemble, sans patron, en s’appuyant sur les modèles passés et présents. Au sentiment d’exploitation succèdent la solidarité et le plaisir de faire pour tous. Les histoires d’Ardelaine et d’Ambiance Bois, plus anciennes et rodées, témoignent également de belles initiatives où la théorie rencontre la pratique.

Mais l’invocation du mot magique d’« autogestion » ne suffit pas à faire tourner une coopérative. La concurrence, l’éventuelle nécessité d’utiliser les réseaux de distribution dominants, ou de se plier aux lois : autant de pièges à contourner. Rajoutons à cela la reconfiguration des rapports de pouvoir, les mauvaises habitudes et les différents niveaux d’expérience – et l’on obtient souvent un mélange détonant. Le risque d’implosion guette, mais aussi celui d’oublier les principes fondateurs en se lançant à la conquête du marché mondial, explosant les notions vitales d’échelle et de mesure. Au-delà de ces questions, c’est la transformation de la vie quotidienne de chacun et chacune des protagonistes qui s’expriment dans ce dossier. Remettre en cause les hiérarchies, les inégalités, la séparation entre une classe de maître et une classe de bras : ne plus être un « robot qu’on actionne ». Ne pas s’enfermer dans le cauchemar de Don Quichotte et reprendre prise sur nos vies, ces deux mots d’ordre ne font qu’un. Ça vaut le coup d’essayer !

Sommaire :

Une femme à l’heure des LIP

Scop toujours ! L’éthique protestante et l’esprit du coopérativisme

Ardelaine, coopérative en milieu rural : Laine sans chaînes

Ex-Fralib : vers une libre fraternité ?

Dans la roue des soviets : Bus autogéréset édification des masses


Notes


[1Karl Marx, Grundrisse, éd. 10/18, tome 1, p. 159.



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Par Momo Brücke


Par Daphné Blake


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