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Punk’s not dead yet !


paru dans CQFD n°101 (juin 2012), rubrique , par Momo Brücke, illustré par
mis en ligne le 28/06/2012 - commentaires

Dans l’offensive généralisée des autorités municipales pour aseptiser la turbulente Marseille, les petites salles de concert sont en première ligne. Spéciale dédicace à nos camarades de l’Enthröpy, éjectés provisoirement à la fin du mois…

C’est en 1976 que l’on situe, généralement, l’émergence du vomi punk en une des journaux. Au-delà des inévitables effets de mode qu’il provoquera, une affirmation forte était énoncée : celle du Do It Yourself (DIY). Hurlement de ralliement et de sédition signifiant qu’il n’existe aucune reconnaissance, ni aucune allégeance possible à une autorité constituée dans un en-dehors. Passons les inévitables problèmes pratiques et théoriques que cela implique et admettons une certaine force à cet énoncé. Au-delà, donc, du Life style punk et de ses marionnettes exploitées et chosifiées par l’industrie musicale, c’est une véritable critique culturelle et politique qui a émergé avec le punk. Et c’est d’ailleurs cette tension qui a nourri, jusqu’à aujourd’hui, l’affirmation de la mort du punk, annoncée dès 1979 par les Crass. Certes, le punk est devenu un produit de consommation, mais c’est sans compter sur ceux qui continuent, malgré tout, à cultiver, dans l’univers musical actuel, l’affir-mation DIY.

Et des gens qui continuent, il y en a à l’entrée de la rue où siège CQFD, celle du Consolat. Le lieu s’appelle l’Enthröpy, mais avant d’être une salle de concert, c’est l’histoire d’un groupe, les Filthy Charity, et celle d’une volonté : donner un lieu à la scène Punk-Hardcore à Marseille. Filthy Charity est un groupe arlésien de la fin des années 1980 et après de nombreux changements de line-up, que l’on ne peut développer ici, le groupe splite au début des années 2000 avant de réapparaître sous une nouvelle forme en 2008. C’est en octobre 2009 que ses membres décident de monter une salle de concert afin de se donner un lieu pour jouer et de soutenir la scène crust, anarcho-punk et hardcore d’ici et d’ailleurs. Évitant de sombrer aux chants des sirènes du ghetto à crête, tous les styles musicaux passeront par leurs murs : cumbia, salsa, jazz, hip-hop, rock, noise, etc. Soirées dansantes, boum et concerts de soutiens, comme celui récoltant des thunes pour les inculpés de l’incendie du centre de rétention du Canet à Marseille.

Après deux ans et demi d’existence, plusieurs concerts par semaine et cinq mille adhérents lors de la dernière année, l’Enthröpy s’est pris les pieds dans un huissier. Querelle de voisinage, trop de bruit dans la rue : le propriétaire s’est mis en tête de fermer le lieu. Alors que Marseille sera l’année prochaine la capitale européenne de l’économie culturelle, que l’objectif avoué de ce bizness est de changer radicalement la population marseillaise en attirant les cadres supérieurs et les touristes : l’entropie prend, ici, tout son sens. C’est par un clin d’œil à l’histoire du mouvement punk et aux punks suédois que l’Enthröpy a trouvé son nom. L’entropie, en thermodynamique, c’est la mesure du désordre qui, une fois lancé, ne peut plus s’arrêter spontanément. Le mouvement punk leur a inspiré sa démonstration chaotique d’inadaptation et d’indépendance et les Suédois suggérèrent le ö. Mais surtout l’entropie, c’est ce désir de devenir ingouvernable, désir qui s’oppose fondamentalement à la science du gouvernement qui cherche par tous les moyens à l’étudier, la réguler, la contrôler et, in fine, rêve absolu, l’éradiquer.

Mais, l’Enthröpy n’est pas morte et va poser ses fûts dans un bar associatif, rue Jean-Roque, tout en continuant d’organiser des concerts dans les salles amies, la Machine à Coudre, l’Embobineuse, le O’Bundies, et quelques squats. Petite parenthèse avant de rouvrir une plus grande salle courant 2013 avec, pourquoi pas, un studio, des locaux de répétition, histoire de faire vivre le lieu en dehors des concerts. Mais attention, cet espace n’aura rien à voir avec Marseille 2013.

Les entropistes ne s’éradiquent pas comme ça, avec une lettre d’huissier. L’Enthröpy va vivre, et les entropistes feront, on l’espère, leur nécessaire pour que Marseille 2013 n’ait pas lieu.



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Par Momo Brücke


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