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Place au texte !


paru dans CQFD n°112 (Juin 2013), rubrique , par Nicolas Norrito, illustré par
mis en ligne le 09/09/2013 - commentaires

Cela faisait peut-être dix ans que je n’avais pas revu les Têtes raides sur scène, ayant assisté à beaucoup de leurs concerts au cours des années 1990. Cette fois-ci, pour la sortie de l’album-DVD Corps de mots, je me suis rendu au Lavoir moderne et j’en suis sorti époustouflé. Cinquante personnes tout au plus dans la petite salle de la Goutte d’Or face à une dizaine de musiciens et de musiciennes emmenés par Christian Olivier, le charismatique chanteur à la voix grave. Ce spectacle – joué initialement aux Bouffes du Nord –, mêle poésie et accordéon, littérature classique et violon. En quelque 90 minutes, Christian Olivier déclame tour à tour des textes de Lautréamont, de Marina Tsvétaïeva, de Raymond Queneau ou encore d’Antonin Artaud. Plus que tout, j’ai été saisi par l’intensité des lectures du Condamné à mort de Jean Genet et de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerman.

Par Yann Lévy. {JPEG}

Autre belle surprise : le 25 mai, Marc Nammour (photo), du groupe de rap La Canaille, se produisait à la Maison de la poésie pour une lecture du Cahier d’un retour au pays natal, d’Aimé Césaire. Accompagné par Serge Teyssot-Gay et Cyril Bilbeaud, respectivement guitariste et batteur de Zone libre, le chanteur montreuillois se livre à une redécouverte acérée du texte anticolonial et surréaliste : durant une heure, il pose son flow sur des extraits préalablement choisis. Pas facile de s’attaquer au monument littéraire de la négritude, mais il s’en tire fort bien. Exercice de style supplémentaire, le trio ne répète jamais, les musiciens improvisent et posent riffs, rythme et scansion sur le texte ténébreux : « Au bout du petit matin, une autre petite maison qui sent très mauvais dans une rue très étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes six frères et sœurs, une petite maison cruelle dont l’intransigeance affole nos fins de mois et mon père fantasque grignoté d’une seule misère, je n’ai jamais su laquelle, qu’une imprévisible sorcellerie assoupit en mélancolique tendresse ou exalte en hautes flammes de colère. »



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Par Nicolas Norrito


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