CQFD

Vain pays de l’Héro

Papy chez les geeks


paru dans CQFD n°161 (janvier 2018), par Christophe Goby, illustré par
mis en ligne le 08/02/2018 - commentaires

« Je ne suis pas un héros », chantait Balavoine, avant que Stars Wars, les séries américaines et les jeux vidéos n’infestent l’imaginaire de milliards de spectateurs. Au salon HeroFestival, qui se tenait il y a peu à Marseille, on vend les supports de cet imaginaire pas toujours adolescent.

Par Hector De La Vallée. {JPEG}Que célèbre-t-on ici ? « Tout ce qui est nippon », me lance le réparateur d’ampoules du salon, visiblement blasé. Pas convaincu, je zigzague entre sorcières à l’américaine et rejetons de Mario Bros pour me faire une idée. Nombre de déguisements me sont inconnus. Mes références seraient-elles poussiéreuses ? Je ne vois nulle trace de Goldorak. Et pas le moindre PC Atari 520 (avec Space Invaders) à l’horizon. Je n’ai pas encore la cinquantaine, mais je me sens déjà largué. Star Trek, au secours !

Me voyant paumé, deux jeunes me tuyautent : « Ici, c’est pour les amateurs d’univers façon Game of Thrones ou Justice League… » Ces deux grands lardons sont nés le joystick entre les pognes, le doigt sur le bouton rouge et la 3D dans l’œil. Présentement caché sous une robe de bure de moine franciscain, leur paternel tient un magasin de costumes : «  Je regardais des dessins animés comme Albator ou Candy. Tandis que mon beau-fils, lui, est plutôt fan de séries, du genre Breaking Bad », m’explique le moinillon. Allô, Freud ? Tu reçois les familles sur ton divan ?

Content d’être là, le moine, mais un peu critique : « Ici, c’est cher : la moindre figurine en résine vaut 15 € ! Et puis, il a fallu payer pour entrer – on en a eu pour 38 €, avec le tarif spécial ‘‘ Famille Pierrafeu ’’ . » Notez néanmoins que les « Pikachu » (les moins de 7 ans) rentrent gratos. « Pique à chou » (si on prononce à la bretonne), c’est cette bestiole jaune échappée du monde des Pokémon. Une créature de fiction devenue produit dérivé et vendue dans le monde entier en peluche ou en cendrier. Je le sais, j’ai eu un sac Pikachu, et c’est devenu un cendrier à force d’avoir mes clopes écrasées sur la truffe…

Je vais vous affranchir, tas de dinosaures abonnés à CQFD et dont les seuls héros sont la colonne Durruti ou la CGT d’avant 1914 : ici, au salon, les stars font partie d’un monde autrement ringard que le vôtre. Par exemple, les plombiers réhabilités par le jeu Mario & Luigi ne se sont jamais syndiqués. La honte. Dans cette franchise, on trouve aussi Wario, l’anti-héros, vulgaire, peureux. C’est un prince corrompu, expliquent trois barbus, spécialistes de jeux vidéo convoqués pour une conférence. Apparu sous le règne de Bérégovoy, il ne veut que du blé, de la maille, tel un vulgaire Booba.

Autre exemple, la star du très violent jeu vidéo GTA – Niko Bellic. Une parfaite petite frappe. Sans scrupules et prêt à tout. « En permettant toutes les exactions au joueur, il tient lieu de défouloir », explique un spécialiste sur un stand. Avant d’asséner : « En réalité, il est stupide... »

Côté politique, il y aussi de quoi faire. Tenez, par exemple… Prenez le jeu Guerilla War avec Che Guevara et Fidel Castro en guest-stars. Eh bien, c’est juste un pitoyable Run and gun [1] . Comprendre : cours et bute-les. Ou comment réduire la grande histoire à sa portion testostéronée...

Songeant à ce nouveau monde qui s’ouvre à moi tout en progressant dans les travées, j’évite par miracle un coup d’épée en mousse. Aïe, mes pas m’ont porté vers un stand consacré aux armes dans les séries. Je file à l’anglaise : pas question de perdre des points de vie.

Hors cela, je n’ai qu’une crainte : croiser R2D2, le robot boîte de ferraille de Star Wars. J’ai toujours eu un faible pour lui. Et je sais que je ne résisterais pas à la tentation de le ramener avec moi. Ça ferait désordre au local de CQFD, repère de luddites forcenés. Je serais obligé de le débrancher illico. Ou de le recycler en grille-pain pour… oups, désolé, je m’égare.

Revenu à moi, j’observe les alentours. Je constate que le réparateur d’ampoules n’avait pas tort : les mangas sont partout. Inutile de chercher Spirou – le petit groom a été disséqué par des Japonaises aux seins gonflés à l’hélium et armées de sabres translucides...

Plus loin, je tombe sur deux youtubeurs, ’achement connus d’après les fans qui chantent avec eux, massés en bas du podium. Il s’agit d’un duo, étonnamment sorti de la chambre qui lui tient habituellement lieu de salle de spectacle. Il déborde d’énergie, saute sur le podium en bramant de niaises paroles. Il me semble qu’il parle de mangas, de bouffe quand t’es anorexique et de grèves de train, mais je peux me tromper. En tout cas, la communauté des geeks et autres passionnés de mangas opine du chef à intervalles réguliers. Je me sens seul. Ça m’a abîmé de lire Marx à 17 ans [2] !

Au fond, les chalands du salon n’ont pas l’air plus allumés que ceux qui croient au travail ou à la patrie. Bloqués quelques heures par jour devant un écran qui projette des poncifs sociaux, ils se contentent de les reproduire. Le problème : on les incite au régressif. À l’image de Kirby, personnage du jeu vidéo du même nom ressemblant à un testicule volant.

Tout ici est fait pour infantiliser. Comme une crèche pour adultes, où il serait impossible de se blesser. Un univers protégé, où la nature est en plastique. Où les arbres et les plantes sont bien rangés. Où les animaux sont représentés en personnages souriants, quand les vrais passent aux abattoirs. Et où un synthé répétitif tournant en boucle tient lieu de musique.Tout est rose ou jaune, comme chez Google. En clair : ça pue la guimauve.

Je me dis, un brin désenchanté, que les membres de ce jeune public feront sans doute de charmants employés. S’ils quittent leur travail plus tôt, ce sera pour squatter devant une console usagée ou une série rééditée en Blu-ray. Histoire de sucer leur pouce en repoussant des neurones le monde réel...

Une gentille geek m’explique qu’en effet, ce monde imaginaire est une copie pleine de paillettes du nôtre. « Dans la série de jeux à succès Zelda, la princesse attend toujours que son prince, Link, vienne la délivrer. » Le poncif habituel. La princesse devrait monter une cellule féministe chez Nintendo. Las, il paraît que ça ne se fait pas des masses, dans le macho milieu du jeu vidéo.

En tout cas, il y a un grand oublié dans ce salon : le monde du travail. Nul stand pour révéler l’amère réalité de ces ateliers chinois où on se crève à la tâche pour fabriquer des consoles à nos héros occidentaux [3]. D’ailleurs, impossible de syndiquer ma vieille console à Sud ou à la CNT – j’ai essayé, elle a fait Game over quand j’ai cliqué sur « Grève ».


Notes


[1Jeu vidéo d’action dans lequel le joueur dirige un personnage devant détruire un grand nombre d’ennemis à l’aide d’armes de plus en plus puissantes, au fur et à mesure de sa progression.

[2Le Chien rouge a pensé aux feignasses qui ne veulent pas faire comme moi, en publiant l’Abrégé du Capital de Carlo Cafiero – voir lebon de commande.

[3La Machine est ton seigneur et ton maître, Yang, Jenny Chan et Xu Lizhi, Agone, 2015.



1 commentaire(s)
  • Le 21 février 2018 à 16h41, par Rad -

    Bon aller je me lance ... J’avoue ça doit être la première fois que je poste un commentaire sur un site mais bon faut que ça sorte même si "c’est pas bien grave " je suis d’accord :-)

    En un mot comme en 1000 cet article est vriament tout pourri et en tant que lecteur, abonné et abonneur je l’ai mal vécu . Je comprend pas qu’un journal d’une telle qualité par ailleurs puisse publier un article aussi médiocre et à côté de la plaque. . J’ai pas lu Marx a 17 ans et même à 40 je suis pas tout à fait au point. En plus je lis bcp de manga depuis petit, j’aime la science fiction et il m’arrive même de jouer au jeux vidéo. Je vais donc, si jai bien compris, dire des trucs super indigents dans mon cerveau broyé de fiction et d’univers fantastiques tout prêt à servir à la startup nation ... C’est chaud de faire coller son narratif militant sur un univers dont visiblement on ignore tout ou presque mais encore ça ça peut passer même si c’est pas pertinent. Par contre venir y rajouter une dose de mépris et de condescendance sur un ton faussement ironique c’est pas possible. A un moment j’ai cru a l’exercice de style, je me suis dit que c’était pour faire comme avec le papier sur radio courtoisie mais avec Télérama en 1989 a propos de Dragon Ball ou Ségolène Royal qui parlait de Goldorak a la même époque .  Je vais pas reprendre en détail tous les passages wtf de l’article même si y’a des trucs vraiment ridicule comme Spirou vs Les mangas. La bonne bd franco-belge contre les méchants manga pas beau ça date et c’est vriament décalé . . Bien sûr qu’on aime les deux et on a pas à choisir . Balayer les jeux vidéos, les mangas, les comics, les films de super héros ou de SF comme un espèce d’ensemble homogène rempli d’adulescents a la conscience politique nulle ça n’a aucun sens . C’est comme les gens qui parle "du rap ", du "théâtre " ou la "musique classique".. alors oui y’a des marqueurs sociaux forts mais à un moment on peut en parler sans se vautrer dans les clichés les plus éculés. Le manga par exemple c’est aussi un art populaire par et pour celleux qui ne sont pas de l’élite culturelle, le jeu vidéo peut être aussi un outil d’apprentissage qui rend accessible et ludique bcp de champs d’une manière différente, et les films ben...Black Panther j’ai envie de dire . ..

    Venir caler un narratif "le milieu du travail est le grand absent de cette convention " c’est aussi ridicule que de gueuler que personne est venu avec sa pancarte grève générale a la piscine .... Je passe vite fait sur le mec qui fait une leçon de sexisme complètement hors sol alors que le milieu militant est lui même gangrené de mascu qui chialent sur "ça freine la lutte des classes " et la misandrie a la moindre critique et/ou violences d’un "camarade" .. soit on balaye devant sa porte soit on fait les choses consciencieusement la c’était ni l’un ni l’autre

    Les oeuvres sont riches, multiples tout comme leur public et j’ai pas apprécié d’avoir un quatrième de couverture méprisant envers moi mes gamins et mes camarades. Surtout venant d’un journal dont je porte les T-Shirt, soutient les cagnottes et que je promeux des que je peux . .

    Voili voilo .

    Après je me suis forcé à venir en parler ici par respect pour votre taf et parceque j’aime le chien rouge, en général j’essaye de parler que de ce que j’aime bien sûr internet sinon il me faudrait 5 vies pour rager autant que je serais enclin à le faire .

    Au plaisir de vous lire et en espérant que ce commentaire sera utile d’une manière ou l’autre.

    ++

    Répondre à ce message

Ajouter un commentaire

Par Christophe Goby


Dans le même numéro


1 | 2

Voir






Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts