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Dossier Forteresse Europe

La french touch migratoire


paru dans CQFD n°120 (mars 2014), par Sébastien Navarro, illustré par
mis en ligne le 13/05/2014 - commentaires

Calais : de port à cul-de-basse-fosse

« Je m’adresse tout particulièrement aux Calaisiens et Calaisiennes touchés par les nombreux squats de migrants sur Calais. La situation est difficile, c’est pourquoi nous faisons le maximum pour vous. Il ne faut pas hésiter à laisser un mail sur cette adresse : securitesquatcalais@gmail.com lorsque vous voyez des no-borders ou des migrants s’implanter illégalement dans une maison. » Ainsi cafardait Natacha Bouchart, maire UMP de Calais, sur sa page Facebook en octobre 2013. Un appel à la délation qui témoigne du climat de plus en plus délétère de la sous-préfecture du Pas-de-Calais depuis la destruction des campements de migrants, ou « jungles », en 2009.

Actuellement, ils sont entre 350 et 400 migrants, principalement d’Afrique et du Moyen-Orient, à venir s’agglutiner dans ce cul-de-basse-fosse du nord de la France, espérant un passage vers l’Angleterre. Sur place, des membres du réseau No Border ainsi qu’une kyrielle d’associations fournissent aide d’urgence et soutien en tout genre. Récemment, un couple franco-germanique, soupçonné de vouloir transformer une ferme abandonnée en refuge pour migrants, à Coulogne, dans la banlieue calaisienne, a frôlé le lynchage. Les agresseurs, issus des milieux « identitaires », gravitent autour du collectif xénophobe « Sauvons Calais ». Pas démoralisé pour autant, un membre de No Border nous confie : « Calais est la cinquième ville la plus pauvre de France. C’est aussi une ville portuaire, une ville de transit, une ville de voyageurs avec ou sans papiers. À nous de faire comprendre aux gens que les migrants sont une richesse et non une menace. »

Par Yohanne Lamoulère. {JPEG}

Pour Valls, le compte est toujours bon

Pour ceux qui en doutaient encore, Violène, membre du Gisti, résume l’affaire : «  L’arrivée des socialistes n’a rien changé au sort des sans-papiers. » Sur son site, le Gisti qualifie la politique migratoire de Valls (alors encore seulement Ministre de l’intérieur) comme étant « sans vision, sans rupture avec la politique précédente, souvent mesquine, inhumaine, arbitraire ».

Preuve en est, cette dernière rébellion qui a secoué le centre de rétention administratif de Vincennes en février dernier à la suite de l’expulsion d’un Algérien ayant effectué trois semaines de rétention. Après le sinistre trio Besson-Hortefeux-Guéant, Manuel Valls continue de nourrir ce vieux montage politicien qui consiste à souder un corps électoral contre la figure du migrant. Rompre avec la culture du chiffre de l’ère sarkozyste, tel était le credo du locataire de la place Beauvau fraîchement nommé. On a vu de quelle manière, avec les commentaires toujours aussi hystériques sur les régularisations et les expulsions de l’année 2013. Des chiffres qui ne veulent rien dire, puisqu’un même individu sans-papier, peut être « régularisé » plusieurs fois dans sa vie avec des titres de séjour provisoires. En novembre 2013, des policiers de la frontière du Perthus laissaient fuiter leur ras-le-bol. Le « cœur » de leur boulot : passer les autocars – moyen de transport le plus « pauvre » – au peigne fin pour y débusquer du clandestin, afin d’alimenter le centre de rétention de Perpignan à flux tendu. Sans-papiers peut-être, mais plus-value assurément.

Crédit Photo

Cette photo est extraite du travail intitulé La Roue, un voyage réalisé entre 2003 et 2005 par Yohanne Lamoulère au cœur de différentes zones de production de fruits et légumes en Europe. La Roue, ou la noria des saisonniers agricoles, textes de Patrick Herman, éditions Khiasma, 2007.



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Par Sébastien Navarro


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