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La cantine des Pyrénées


paru dans CQFD n°111 (Mai 2013), rubrique , par Anne-Leïla Ollivier, illustré par
mis en ligne le 10/07/2013 - commentaires

Cet ancien bar, situé sur la rue des Pyrénées, axe très passant du 20e arrondissement parisien, n’est pas un lieu comme les autres. Sur les vitres, des feuilles A4 disposées en domino servent d’enseigne à cette cantine où l’on sert des menus à 4 euros et organise des ateliers accessibles à tous.

Par Rémy Cattelain {PNG}

A l’intérieur, un comptoir d’un côté, des tables de l’autre. Au fond, la cuisine. Chaque jour de la semaine à midi, on y sert un plat à 2 euros ou un menu à 4 : entrée plat dessert vin rouge café. Le visiteur prend son assiette et s’assied à l’une des grandes tables flanquées de bancs de bois. Au mur, un texte annonce la philosophie du lieu : « Ici ce n’est pas un restaurant : personne n’est payé pour faire à manger, les courses ou le ménage, et il n’y a pas vraiment de bénéfices : l’argent récolté sert à payer les frais, […] l’idée n’est pas de proposer un service, mais de faire tourner un lieu collectif d’entraide, qui serve à plein de gens, à plein de choses. […] Ici, pas de patron, pas de responsable. » L’équipe qui s’active au bar et en cuisine est composée de garçons et de filles de tous âges, l’accueil est simple et sympathique. Aujourd’hui au menu : rouleaux de printemps, riz et légumes, lychees. Une dame explique qu’elle en a trop, qu’elle emporte le reste pour son dîner. « C’est bien cet endroit, je vais leur donner des assiettes. »

Par Anne-Leïla Ollivier {PNG} L’un des « anciens » explique la genèse du projet : « L’idée tournait depuis environ un an et demi, dans différentes bandes : activistes, squatteurs, ou plus axés sur des questionnements théoriques, des très jeunes et d’autres avec de l’expérience. Nos présupposés : une action locale avec l’idée que ce qui s’y passe soit accessible à tout le monde, sans barrières dues aux horaires, à l’argent, ni intellectuelles ou identitaires. On a voulu s’imprégner du quartier et de ce qui existait déjà, plus qu’arriver et appliquer nos schémas – ce qu’on a tendance à faire en tant que militants. » L’une de ses camarades évoque la notion de solidarité de classe : « Ce lieu est une façon de se battre contre l’isolement. Comme on le dit dans notre déclaration collective, nous ne voulons ni compenser les faiblesses de l’État, ni créer une alternative à l’intérieur du système. Ici, il n’est pas question de charité mais bien d’entraide et de solidarité. »

Un texte d’appel a été lancé pour que le projet puisse être discuté collectivement. Au départ, l’équipe voulait louer pour éviter le problème principal des squats : l’expulsion. « On a cherché, mais les prix du marché privé imposent un fonctionnement capitaliste, on ne peut pas se permettre de faire des repas à plus de 4 euros… » Alors, quand des camarades leur annoncent qu’ils ont les clés de ce bar fermé, ils tentent le coup, quitte à négocier avec les propriétaires, une société de gestion immobilière – qui leur envoie illico des gros bras pour les déloger. Ils tiennent la place, la police intervient et applique la loi : on ne peut les mettre dehors sans procédure. « On est allés voir les gars en leur disant que plutôt que de se lancer dans une procédure longue et coûteuse on était prêts à négocier un bail. Ils n’ont pas donné suite et ont préféré engager une procédure. Depuis janvier, il y a eu trois audiences, on gagne du temps grâce aux méandres judiciaires. »

PNG

Chaque semaine, une réunion organise les équipes. Les aliments viennent du marché, d’un magasin discount ou de la récup’ aux stands bio de Rungis. Outre la cantine, les ateliers s’organisent : échecs, bricolage, cours de français, ciné-club… Le cours de français est submergé de demandes et de propositions : « Il y a des niveaux très différents, il a fallu discuter d’une “ligne pédagogique”, ça pose des questions sur l’apprentissage, les copains qui s’occupent de ça sont super contents et victimes de leur succès : il a fallu ajouter des cours. On a même appris que certaines institutions sociales nous envoient des gens… »



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Par Anne-Leïla Ollivier


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