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La Poste autour du cou


paru dans CQFD n°89 (mai 2011), par François Maliet, illustré par
mis en ligne le 14/05/2011 - commentaires

Tout va bien, qu’on vous dit ! Les facteurs du bonheur vont bientôt manger leur casquette, les vieux pourront leur offrir le café à condition de raquer et, de toute façon, ils ne reçoivent pas assez de lettres d’amour. Qui ? Les papis ? Non, les facteurs !

par LL de MarsLe soixantième. France Télécom vient de connaître son soixantième suicide depuis 2008 : le 26 avril dernier, sur le site de Mérignac (Gironde), Rémy Louvradoux s’est immolé par le feu. Malgré le plan com’ de la direction, réorganisation et compétitivité à outrance engendrent toujours leur lot de victimes.

Si France Télécom est régulièrement évoquée par les médias, cela est moins fréquent pour sa petite sœur chargée du courrier. Pourtant, les mêmes causes produisent les mêmes effets… Depuis le début des années 1990, La Poste a, elle aussi, entamé sa mue, se débarrassant, réforme après réforme, de sa vieille peau de service public. Depuis le 1er mars 2010, elle est société anonyme et, récemment, la Caisse des dépôts et consignations est entrée dans son capital à hauteur de 26 %. Avant d’être cotée en Bourse, comme toute entreprise moderne. Et qu’importe si l’on doit broyer le petit personnel au passage.

En mai 2010, le syndicat des médecins de La Poste dénonçait « des suicides ou tentatives de suicide » supposés liés exclusivement au travail, l’absentéisme pour maladies, des « situations d’épuisement physique et psychique », et une « très forte augmentation » des accidents du travail. Ambiance ! La boîte de Jean-Paul Bailly n’a pas tardé à réagir, créant en décembre dernier son plan « Santé au travail ». Un franc succès : en janvier, Robert Palpant, un agent de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) s’est donné la mort. Selon la CGT, la victime a laissé à sa compagne un courrier « qui laisse entendre que son acte était lié à sa situation au travail [...] depuis la réorganisation qui lui pesait beaucoup, avec un management axé sur la rentabilité maximale des salariés et du bureau. »

Mais qu’en est-il exactement ? Lucien, facteur à Marseille, témoigne de l’ambiance dans son bureau : « Elle est morose ! Sur mon bureau, avec la réforme Facteur d’avenir, le nombre de tournées a baissé de 28 %, on a donc des tournées à rallonge qui demandent beaucoup plus de temps de distribution. En contrepartie, une réorganisation du travail était censée nous faire gagner du temps sur le tri, les réexpéditions, les recommandés… En fait, cela a multiplié les procédures faisant exploser le temps de travail à coup d’heures supplémentaires jamais reconnues. À cela s’ajoute la sécabilité : il s’agit ni plus ni moins de répartir les tournées des absents sur les présents. » Pas simple, dans de telles conditions, de s’épanouir au boulot. « Cette réforme, poursuit Lucien, divise les équipes et met les gens en concurrence. Maintenant, on a des grades ! Il y a un facteur d’équipe et un facteur qualité. Ceux-là ont quelques responsabilités supplémentaires et, en contrepartie, touchent quatre-vingts à cent euros de plus par mois. Mais ils se retrouvent le cul entre la direction et leurs collègues. Et puis, cette promotion, qui n’existait pas avant, fait des envieux. Tout cela isole les gens, et je pense que c’est délibéré. Tout ce qui pouvait créer de la cohésion entre facteurs a disparu. »

Lors de la mise en place du pansement Santé au travail, la direction a promis de laisser dix-huit mois entre chaque restructuration, « mais quand adviendra l’échéance, ils rallongeront encore nos tournées et supprimeront des postes, poursuit Lucien. Ils prévoient de supprimer 50 000 emplois d’ici 2015. » Nombreux sont ceux qui, subissant Facteur d’avenir, regrettent celui du passé, et « beaucoup de collègues sont devenus inaptes à la distribution. Le physique ne tient plus, ou les conditions ont tellement évolué – en pire – qu’ils somatisent. On voit de gros pépins physiques, des blessures de sportifs ! » Et, au lieu de réagir collectivement, chacun essaye de s’en sortir par lui-même : « Beaucoup veulent partir vers les guichets, pour échapper à l’augmentation de la charge de travail. » Une tactique individuelle qui peut parfois conduire au désespoir…

Daniel, chef d’équipe dans le IIe arrondissement de Marseille, renchérit : « Les gens disent qu’ils en ont marre. Et puis, il y a une dégradation organisée du rôle social du facteur. » Terminé, le gars à casquette qui connaît sa tournée, a le temps de tailler une bavette avec les usagers, et peut dépanner la grand-mère en mal de lait ou de médicaments. « Mais La Poste s’est lancée dans le service d’aide à domicile, et certains facteurs ont reçu une formation pour brancher la TNT chez les personnes âgées de plus de soixante-dix ans. » Bien entendu, La Poste se fait rémunérer pour le service… Et ça, c’est bon pour le moral des tauliers !



3 commentaire(s)
  • Le 14 mai 2011 à 11h33 -

    je suis postier et votre article expose parfaitement la situation et la catastrophe annoncée la dernière date du mardi 10 mai une factrice 38 ans de la Grande Motte 34 s’est pendue il y a une grande souffrance au travail a la poste Isolement individualisme mise en concurrence entre les salariés Infantilisation pressions répressions font parties des techniques de managements les accidents de service les congés maladies explosent travail dissimulé heures sups non payées les conflits se multiplient la lettre des médecins de préventions ne leurs sert que de couverture a chaque réorganisation ces mêmes médecins payés par la Poste cautionnent en chs ct ces nouvelles réorgs les postiers ont besoin d’être soutenus par le public et les élus depuis 2002 il n’y a plus de concours a la Poste donc 0 fonctionnaires dans quelques années et non pas 1 sur 2 comme annoncé par notre président marc

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  • Le 17 mai 2011 à 07h33, par sergio -

    ambiance morose repression à gogo, c’est cela le quotidien de la poste. j’ai repris mon activité après un congé de longue duréee suite à une maladie reconnue de longue durée. qu’en est il de ma situation professionnel je n’ai pu reprendre une activité que 5 mois aprés ma demande, décision de reprise contesté devant les tribunaux administratif relevant d’un abus de pouvoir, je suis aujourd’hui au PLACARD ; En effet je n’occupe pas de poste conformément à mon statut de fonctionnaire, il faut dire que j’ai refusé mon recrutement dans le personnel propre à la Poste en 1993 quand furent créés les grades des personnels spécifiques de LA POSTE. je cumule donc tous les handicaps, malade ou relevant d’une pathologie de longue durée, agées (vieux fonctionnaire pour faire bref), refus d’adhérer et de cautionner l’abandon du service public au profit du tout commercial et en plus encore, personnel des PTT ; mais le ministre en charge des postes et télécommunications (MME LAGARDE) se refusant de prendre les mesures nécessaires au réglement de cette situation et préférant faire comme l’autruche mettre la tête dans le sable. pour conclure et reprendre votre expression les mêmes causes produisent les mêmes effets, mais à la poste c’est surtout pour le moment un blac-out total, même les organisations syndical ne bougent pas se contentant de constater et n’aidant pas le personnel en situation de désespérance.

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    • Le 27 octobre 2011 à 07h47, par katiouchka -

      BONJOUR Je suis arriver de paris il y a 5 ans labas je travailler au centre de tri de l aeroport charles de gaulles de nuit j ai voulu voir un notre cote de la poste et je suis venu dans le var est je suis devenu factrice mais je suis degoutter de voir que ce sont mes superieur qui me font detester mon job alors que j adore mon job de factrice nous avons un rapport vraiment humain avec nos client alors que nos superieur ne voient que le profis dommage mais derriere un bureau c est sur on ne voit pas bien loin !!!!!courage a touts les factrices et facteurs

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