CQFD

Tables rondes avec des précaires de la recherche

« L’université, un lieu d’expérimentation de la précarité »


paru dans CQFD n°149 (décembre 2016), rubrique , par Ferdinand Cazalis, illustré par
mis en ligne le 19/08/2019 - commentaires

Le collectif national des précaires de l’Enseignement supérieur et de la recherche a été fondé en 2016. Regroupant plus de vingt collectifs locaux autonomes dans toute la France, il dénonce la précarisation en cours dans les universités, l’obsession de la rentabilité et les jeux de pouvoir systémiques. Discussion collective avec des doctorants en lutte de Paris 1, Paris 8 et Aix-Marseille.Et attention, ils sont chauds comme des baraques à frites. Résistance doctorale !

Par Jean-Michel Bertoyas {JPEG}

Université Paris 1 Sorbonne. Café Le Duc, rue de la Sorbonne, Paris 5e

Jeanne : Tout a commencé en mai 2015, par une réunion des représentant.e.s des écoles doctorales, en Histoire, Géographie, Philosophie, etc., concernant les dates de rendu des thèses que l’administration venait d’avancer au mois d’octobre. Jusqu’ici, si on rendait sa thèse avant décembre, on ne devait pas se réinscrire. Désormais, il allait falloir payer de nouveaux frais d’inscription. Parallèlement, les doctorant.e.s affilié. e.s à la section Sud Éducation de Paris 1 ont commencé à réagir. D’autant que dans la foulée, une autre mesure est tombée, à savoir la suppression des frais d’exonération pour les doctorant.e.s financé.e.s de l’Université : jusque-là, à Paris 1, les doctorant. e.s qui obtenaient un financement de la fac étaient exonéré.e.s de leurs frais d’inscription, car considéré.e.s comme des salarié.e.s de l’Université. Or, cette exonération a été supprimée en catimini par le Conseil d’administration en juillet 2015.

Estelle : En utilisant le fait que nous ayons encore un statut d’étudiant.e, ils nous faisaient payer pour travailler pour eux en tant que chercheur.e.s et profs.

Jeanne : Les réunions et AG organisées par les représentant.e.s des doctorant.e.s ont réuni dès le début des syndiqué.e.s à Sud Éducation (personnel et enseignant.e.s) et à l’Unef (étudiant.e.s) – les doctorant.e.s ayant le double statut de personnel et d’étudiant.e.s –, mais surtout des non syndiqué.e.s. En échangeant sur nos expériences, on s’est rendu compte que les doctorant. e.s étaient traité.e.s de différentes manières selon les disciplines, mais que les abus étaient assez répandus. Nous avons découvert une banalisation des pratiques illégales au sein des écoles doctorales : heures supplémentaires non payées, personnes travaillant sans contrat, corrections de copies hors service, etc.

Estelle : On nous fait corriger gratuitement des copies supplémentaires qui ne correspondent pas aux matières qu’on enseigne. On s’est donc rendu compte que la question des frais d’inscription n’était qu’une petite partie du problème et qu’elle ne concernait qu’une minorité de doctorant.e.s : les contractuel.le.s et les Attaché.e.s temporaires d’enseignement et de recherche (Ater). Nous sommes pour la plupart vacataires, sans financement, ou travaillons à côté pour payer nos études. Une de nos difficultés tenait précisément à notre éclatement : nous avions des parcours différents et appartenions à des disciplines distinctes ; nos degrés d’engagement et nos orientations politiques étaient parfois divergents. En droit, par exemple, l’idée d’un mouvement collectif, d’une lutte sociale ou d’un rapport de force était loin d’être acquise ! Cela a joué dans le rôle assigné aux syndicats, car on ne voulait pas que leur présence soit un frein à la participation d’un certain nombre de personnes. Les syndicats étaient aussi perçus très différemment selon les personnes mobilisées : même s’ils ont joué un rôle dans le mouvement, expliciter ou afficher ce rôle a toujours suscité des débats.

Jeanne : On présente alors une liste de revendications communes à la présidence de Paris 1, qui rejette tout en bloc. Ces revendications ont aussi fait l’objet d’une pétition qui a recueilli plus de 850 signatures, et d’une motion de soutien signée par près d’une centaine de titulaires. C’était juste avant les élections pour renouveler la présidence et les conseils centraux. Nous avons donc choisi d’y présenter des listes (Doctorant. e.s mobilisé.e.s pour l’Université) en tant qu’enseignant.e.s et étudiant.e.s, ce qui a abouti à l’élection d’une de nos candidates au conseil d’administration et à la présence d’élu.e.s dans tous les conseils centraux. Cela a bousculé les habitudes des titulaires qui voient rarement des non titulaires siéger avec eux – et les nôtres, car il fallait jouer le jeu institutionnel et continuer la lutte de terrain en même temps.

Estelle : Les profs pouvaient nous soutenir sur des revendications spécifiques, notamment pour les contractuel.le.s considéré.e.s par eux comme les meilleurs éléments, mais...

Thierry : … il y a beaucoup d’hypocrisie de la part des profs titulaires qui se disent engagé. e.s pour des sujets politiques hors de l’université, mais qu’on n’entend plus quand ça concerne leur lieu de travail. Ils nous mettent même souvent des bâtons dans les roues.

Estelle : Par ailleurs, le système universitaire est très défavorable à la mobilisation et à la lutte, car l’essentiel de la titularisation fonctionne sur la base de la cooptation. Puisqu’on est recruté.e.s par nos pair.e.s, aucun.e doctorant.e n’a intérêt à se mettre en porte à faux vis-à-vis des profs qui ont le pouvoir de le recruter et d’assurer sa carrière d’enseignant.e. D’où le chantage qui ne dit pas son nom : accepte de bosser gratuitement si tu veux continuer à travailler à l’Université.

Thierry : On est dans un univers extrêmement concurrentiel à cause de la baisse des budgets de la recherche depuis des années. Il n’y a pas assez de postes ouverts à l’Université, donc chacun.e essaie de remplir son CV au maximum, quitte à bosser gratuitement.

Jeanne : Le processus d’élection du nouveau président a révélé un système de tractations de couloirs qui nous a conduit à nous abstenir pour l’élection de la présidence. Par ailleurs, les promesses qui nous avaient été faites avant les élections n’ont pas été immédiatement tenues. Afin de faire bouger les choses, une action collective est lancée en mai 2016 : la rétention des notes tant que nos revendications ne seront pas satisfaites. Tou.te.s celles et ceux qui parmi nous enseignent ne rendent pas les notes des copies corrigées pour l’examen final du second semestre. Cela met l’administration dans une situation très compliquée, car ils ont des délais légaux de traitement précis pour que les rattrapages se fassent dans les temps. Très vite, la plupart des enseignant.e.s titulaires qui avaient entamé l’action avec nous lâchent l’affaire. On se retrouve à une soixantaine de précaires et une poignée de titulaires pour tenir bon.

Estelle : Lors du conseil d’administration, nous présentons plusieurs motions : le retour à l’exonération des frais d’inscription pour les contractuel.le.s et les Ater, l’extension de cette exonération aux vacataires, et la mensualisation des salaires des doctorant.e.s vacataires, qui sont pour l’instant payés en une fois, six mois après le premier jour de travail. Enfin, la fin du travail gratuit, pour les cours ou les copies supplémentaires.

Thierry : Et la création d’un Observatoire de la précarité à l’Université.

Jeanne : La seule motion qui a fait consensus, c’est celle de l’exonération pour les contractuel.le.s, car les profs les considèrent davantage comme des pair.e.s.

Estelle : Du coup, la lutte continue, on tient une semaine de plus sur la rétention des notes. Le CA finit par céder sur la mensualisation des vacations, pour la rentrée 2017, et l’Observatoire de la précarité. Sur l’exonération des vacataires, elle est repoussée à 2017, et en attendant, ils peuvent être exonérés des frais d’inscription sur critères sociaux. La victoire n’est pas totale, mais quand même de taille ; on finit par rendre les notes et par aider les personnels administratifs à les enregistrer, pour ne pas les pénaliser davantage.

Jeanne : Après les vacances d’été, ça a aussi été la rentrée de la mobilisation. On n’était pas sûr.e.s que les promesses seraient tenues, et on s’est demandé.e.s si on devait constituer un collectif de précaires plus large, qui pourrait accueillir aussi les revendications du personnel administratif, des docteurs, des bibliothécaires, etc. Aujourd’hui, Noël approche, la mensualisation des salaires n’est pas du tout en route, et on nous redemande de corriger des copies non payées.

Estelle : Depuis le départ, la question de la place des syndicats dans notre lutte pose problème. Pour certain.e.s, on ne fait pas sérieux sans syndicat derrière nous. Pour d’autres, les mettre en avant, c’est se couper de tou.te.s celles et ceux qui s’en méfient. On a finalement opté pour ne pas s’affilier explicitement aux syndicats.

Thierry : Ce qui fait peur à certain.e.s, c’est qu’il pourrait y avoir une récupération politique par des syndicats déjà constitués, qui ont des positions politiques plus englobantes que celle du collectif pour le moment. Nous sommes néanmoins nombreux à les partager, et il faut admettre que la mobilisation aurait été difficile sans eux. Il y a toutefois différents points de vue qui s’affrontent à ce sujet.

Estelle : Certain.e.s doctorant.e.s de Paris 1, clairement hostiles à toute mention de la lutte des classes, ne voulaient pas se rapprocher de celles et ceux qui manifestaient dans les rues contre la loi Travail.

Thierry : Le collectif national des précaires de l’ESR est né pendant la loi Travail, mais il n’a pas de pouvoir décisionnaire : ce n’est qu’une coordination des luttes menées au sein de chaque université. Chaque groupe local décide de quoi faire dans sa fac, selon le contexte et les réglementations auxquelles il est confronté. Cela donne des situations étonnantes : par exemple, c’est à Paris 1 qu’on a pour l’instant obtenu le plus d’avancées, avec les actions les plus radicales, alors que parallèlement, seule une petite partie du collectif était vraiment active pendant le mouvement de la loi Travail, ou à Nuit Debout.

Jeanne : L’enjeu des collectifs locaux maintenant, c’est d’arriver à articuler la mobilisation au niveau local et la coordination nationale.

***

Paris 8 Saint-Denis et Université Aix-Marseille. Bar de la Passerelle, rue des Trois Mages, Marseille 6e

Andrea : Le collectif des précaires de l’enseignement et de la recherche de Paris 8 s’est créé pendant le mouvement contre la loi Travail, qui mettait en avant la question de la précarité, une problématique que les syndicats ont du mal à appréhender, car ils syndiquent peu de précaires, notamment chez les enseignant.e.s et chercheur.e.s. L’envie première était de nous organiser entre collègues vivant la même réalité. L’Université, et la fonction publique en général, est pourtant depuis longtemps un lieu d’expérimentation de la précarité. Depuis la rentrée, on s’est concentré sur l’exonération de frais d’inscription pour les doctorant.e.s. On s’est mis en lien avec l’intersyndicale – je suis pour ma part à la CGT –, qui organise relativement bien les personnels non-enseignants (Biatoss) pour pouvoir recenser les problèmes de précarité dans les départements, les laboratoires, les services de l’Université. On essaie enfin de faire de la formation autour de la question des droits du chômage. Les administrations ne donnent que trop tardivement les papiers nécessaires attestant la fin du contrat et permettant de s’inscrire à Pôle Emploi, ce qui pose des gros problèmes de délai de carence, et certains collègues se font régulièrement sucrer deux ou trois mois de chômage.

Emma : Pour ma part, je ne suis pas syndiquée. L’université Aix-Marseille est éclatée entre plusieurs sites, et notre première difficulté est de faire en sorte que tout le monde se rencontre. Plusieurs doctorant.e.s se sont réuni.e.s et nous avons constitué un cortège de précaires de l’ESR dans les manifs contre la loi Travail. Puis, après une discussion avec Toulouse, Paris 1 et Paris 8, on a organisé la première journée nationale contre la précarisation de l’Université le 13 avril, et de nombreux collectifs ont répondu à l’appel, venus de toute la France. C’était une victoire de rassembler tous ces gens et de faire un échange d’expériences sur ce qui se pratiquait, pour prendre le meilleur. Lors des rencontres, on s’est aperçu.e.s par exemple, que, dans quelques facs, les doctorant.e.s étaient exonérés de frais d’inscription, ce dont on n’avait jamais entendu parler. Il y a environ 25 collectifs en France, avec une vingtaine de personnes dans chacun. Ce qui est énorme par rapport à notre tradition d’isolement. Un collectif à Toulouse avait produit une brochure sur la question de la précarité à l’université qui nous a beaucoup servi. La notion de précarité, ce n’est pas qu’une question de salaire. Elle articule deux dimensions : la première c’est l’incertitude, tu ne sais pas ce qu’il y aura après. En ce moment, tu as ton contrat de thèse payé 1600 euros, mais dans trois ans, c’est terminé, et tu ne sais pas ce qui va arriver. Cette dimension implique une seconde notion : les rapports de domination exacerbés avec les titulaires et directeurs de recherche. Tu ne sais pas ce qui viendra après, donc tu acceptes tout et n’importe quoi.

Andrea : Lors de notre première AG, une collègue a raconté neuf ans de lutte en tant que précaire à l’université. Dans la salle, il y avait des gens, des néo-doctorant.e.s, avec des histoires très différentes. Finalement, en décortiquant nos cas personnels, on a réussi à démonter ces impasses d’individualisation et à mettre en avant des logiques de surprécarisation communes. Avec la réforme qui vient de passer, on nous explique que nos doctorats ne valent que dalle et qu’il faut s’adapter aux besoins du marché. Développer notre « portefeuille de compétences ». On nous dit, entre les lignes, qu’il n’y aura pas de boulot dans la recherche et qu’il faut être capable d’expliquer clairement au patronat ce qu’on sait faire plutôt que ce que l’on sait tout court. C’est un non-sens, les docteur.e.s sont bien inséré.e.s sur le marché du travail, tout simplement parce qu’on a déjà un métier : chercheur.e.s. Comme à chaque fois, le problème n’est pas la formation, mais les emplois disponibles. Sur ce point, l’État-employeur est le premier responsable de la précarité lorsqu’il diminue les budgets.

Emma : La logique de rentabilité implique une pression permanente, si bien qu’on a l’impression de ne plus avoir le droit de se tromper. Quand tu fais de la recherche, il est normal de se planter en permanence pour faire avancer les choses. Nous revendiquons et défendons une recherche publique de qualité qui s’éloigne le plus possible des logiques « rentabilistes ». Pour faire de la recherche, on a besoin de temps. L’intrusion des financeurs privés implique qu’il y a recherche du profit dans un temps le plus court possible pour le compte du privé – et cette logique va à l’encontre de notre conception d’une recherche collective.

Andrea : La fonction publique emploie de moins en moins de fonctionnaires titulaires : on estime aujourd’hui (selon le ministère) qu’il y a près de 40% de personnels précaires, Biatoss ou enseignant.e.s-chercheur.e.s à l’Université. Et ce chiffre ne prend même pas en compte les vacataires, totalement invisibilisé. e.s, qu’on estime à 7 000 équivalents temps plein. Autant de personnes qui ne savent pas d’une année à l’autre, voire d’un semestre à l’autre, de quoi elles vivront, ni où. Les vacataires ne sont pas payé.e.s tous les mois, mais tous les six mois, voire plus. Comment payer son loyer dans ces conditions ? À Paris 8, une collègue s’est même vue proposé de faire un prêt étudiant auprès de la fac en attendant qu’on lui paie son salaire !

Emma : Par ailleurs, avec les délais de plus en plus longs avant d’être titularisé, tu peux être vacataire et contractuel pendant dix ans, sans cotiser pour la retraite par exemple. La loi Sauvadet de 2012 était censée lutter contre la multiplication des CDD et ouvrir l’accès au CDI ou au fonctionnariat pour les contractuels. Pour contourner cela, Aix-Marseille-Université s’est appuyé sur une filiale privée, Protisvalor, qui sert de portage salarial : quand tu es sur le point de passer en CDI, hop, on te réengage via Protisvalor, et on remet les compteurs à zéro. Du coup, tu continues le même boulot, mais avec un employeur privé.

Andrea : Les syndicats ont mis du temps à prendre en compte les problèmes des précaires. Dans toute l’histoire des revendications de catégories spécifiques, il a toujours fallu que les premier.e.s concerné.e.s se mettent en avant et visibilisent leur situation pour que le reste du champ militant le prenne en compte. C’est valable pour les femmes, les travailleurs étrangers, les précaires. Les inerties, les lenteurs spécifiques à l’université, ont fait que ça a pris plus de temps qu’ailleurs. Par ailleurs, il est difficile de se syndiquer en étant précaire. Le propre de la précarité, c’est que tu passes beaucoup de temps à essayer d’en sortir. En tout cas, la relation aux syndicats n’est pas un débat clivant à l’intérieur du mouvement des précaires. Tu peux y appartenir en étant syndiqué.e ou pas, tant que tu restes indépendant.e.s. On a réussi à construire une relation d’échange avec les syndicats. Une reconnaissance nationale où le collectif a été intégré à l’inter-syndicale nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche par exemple. Les syndicats ont conscience qu’ils ont besoin de ce type de collectifs, car ils sont en difficulté pour toucher les précaires, parfois méfiant.e.s et souvent insaisissables, car on change d’institution- employeur sans arrêt. De notre côté, on a conscience que nos revendications ne peuvent pas avancer si on ne crée pas des alliances avec l’ensemble des travailleurs, quelles que soient leurs catégories, précaires ou non. Dans tous les cas, il n’y a pas de contradiction entre les deux. Un collectif unitaire a vocation à s’orienter vers la mobilisation immédiate, avec les syndicats et au-delà des syndicats. Ces derniers ont toute leur place là-dedans, mais projettent leur action sur long terme, acquérant ainsi une expertise utile. Les deux se complètent très bien. Je pense que certain.e.s rêvent du moment où les syndicats seront adaptés à recevoir des précaires et où les précaires seront prêts à se syndiquer aussi. Mais cette jonction là n’est pas encore faite.

Emma : Jusqu’alors, on était en réseau peu formalisé de collectifs locaux, qui étaient anciens ou en train de se créer, puis on a créé ces rencontres nationales pour nous rencontrer, et tenter de coordonner nos actions et revendications – en partant du constat qu’il y avait déjà eu des mobilisations locales qui butaient toujours sur le fait qu’à un moment donné, il fallait passer aux questions nationales, aux questions de budget, aux questions de droit du travail, avoir des circulaires contraignantes de la part des ministères pour obliger les universités à ne pas faire n’importe quoi. On a donc décidé au consensus d’une plateforme de revendications. Les copains syndicalistes nous ont dit alors : mais c’est hallucinant, vous avez mis une demi-heure pour vous mettre d’accord ! Ils étaient impressionnés qu’on décide aussi vite, au consensus, parce qu’on parlait de nos expériences immédiates, de notre quotidien. Aussi, le syndicalisme, et c’est normal, est chargé d’histoire, de débats, qui ne se résolvent pas si rapidement. Par exemple, revendiquer des CDI pour les contractuels, ça peut être perçu comme une façon de participer à la fin du statut de fonctionnaire, et les collègues qui ont intégré la fonction publique avant qu’explose la précarité y sont à juste titre attachés. Mais pour nous c’est différent, on tient au statut de fonctionnaire, mais on se dit aussi que, dans l’immédiat, des CDI, c’est pas si mal.

Andrea : À partir de ces rencontres nationales, on a essayé de créer une structure nationale qui nous permette de constituer le collectif national autour de commissions thématiques sur des questions de revendication, de relation avec la presse, ou juridiques… Il y a aussi une commission d’animation nationale qui essaie de coordonner le tout, et d’organiser l’échange d’expériences, d’informations, de répondre aux sollicitations des réseaux syndicaux, etc.

Emma : À Toulouse, ça fait un peu plus de trois ans qu’ils tiennent une permanence toutes les semaines. Il y a un bureau avec une porte ouverte, où tu peux aller dire : moi, ils ne m’ont pas payé, ça fait tant de temps, qu’est-ce qu’on fait ? Du coup, ils ont réussi à monter des petites actions, faire des mini-occupations de l’administration pour mettre la pression. L’idée est de garder ce lien avec le local, parce qu’on est pris dans le système de l’autonomie des universités, qui implique des contextes et des réglementations multiples. Le patron principal reste le ministère de l’Enseignement et de la Recherche, mais on doit garder l’articulation avec le local.

Propos recueillis par Ferdinand Cazalis


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