CQFD

Trois questions à un syndicaliste d’ASSO

« Faire émerger l’idée du syndicalisme dans les associations »


paru dans CQFD n°149 (décembre 2016), par Ferdinand Cazalis
mis en ligne le 02/09/2019 - commentaires

Le secteur associatif, branche non négligeable de l’économie et sorte de réserve où tentent de s’épanouir certains réfractaires aux rapports de production hiérarchisés, n’est pas exempt d’exploitation et de conflits. Rencontre avec Jonas, militant récent du syndicat ASSO.

La Une du n°149 de CQFD, illustrée par Emilie Seto {JPEG}

Un syndicat des travailleurs et travailleuses en association lutte-t-il contre l’État, qui finance beaucoup de ces emplois, ou contre les présidents d’association qui forment dans certains cas un nouveau patronat ne disant pas son nom ?

La lutte se joue sur les deux tableaux : lutter à l’échelle de Solidaires (dont ASSO est membre) contre la Loi Travail par exemple, se montrer solidaires quand des luttes surgissent dans d’autres secteurs, et faire en sorte de s’organiser en tant que travailleur.euses associatifs.ves pour apporter conseil et soutien à des pair.e.s en galère, comme ça arrive partout.

Quelles sont les problématiques et difficultés particulières pour un syndicat de lutte qui regroupe les salarié. e.s d’associations ? Est-ce plus difficile de mobiliser ou de faire grève que dans d’autres secteurs ?

C’est un secteur où le syndicalisme n’existe pas ou très peu, à l’exception du secteur médico-social. La principale difficulté est donc de faire émerger l’idée même de syndicalisme dans ce secteur, alors que celles et ceux qui occupent les postes subissent une certaine pression sociale, et souvent se l’infligent elles et eux-mêmes pour travailler dur, généralement pour pas grand-chose. Souvent rémunéré.e.s en contrats aidés, par définition temporaires, les salarié.e.s ont du mal à se sentir suffisamment légitimes pour défendre leurs droits, en revendiquer, se bagarrer avec des employeurs abusifs, se mettre en grève, etc. Et comme presque tout le monde est en situation de sur-travail, il est très difficile de trouver le temps supplémentaire pour militer. Mais on sent une forte demande pour en discuter autour de nous en ce moment, c’est plutôt positif... J’ai la nette impression qu’il est partout difficile de mobiliser et de faire grève, mais effectivement, le fait d’avoir pour employeur des bénévoles, des gens qui donnent de leur temps, qui ne sont pas souvent bien formés, pas toujours très carrés, ça peut se transformer en syndrome de Stockholm dans pas mal de situations ! Tu acceptes que ça soit difficile, des conditions de travail pas toujours dans les clous, parce que, à tort ou à raison, tu veux du bien à ton asso. Du coup, rentrer en conflit, faire cesser l’activité, non seulement, cela paraît un peu schizophrénique (surtout si tu agis dans des champs sociaux, politiques, militants), mais ça peut même sembler contre-productif.

Les méthodes d’action, le fonctionnement et les revendications diffèrent-elles des syndicats traditionnels ?

J’ai l’impression qu’il y a encore beaucoup à inventer, et que c’est prometteur. Les spécificités d’un secteur comme celui- ci, et plus largement celles des précaires, en intérim, CDD, contrats aidés divers et variés, services civiques, rendent nécessaires l’invention de nouvelles pratiques pour pouvoir trouver des leviers de lutte féconds. Mais c’est pas de la tarte ! Je ne suis pas encore certain que le syndicalisme soit la solution, mais ça me semble intéressant d’explorer la perspective de rencontrer des camarades, échanger sur nos expériences et vécus au travail.

Propos recueillis par Ferdinand Cazalis


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Par Ferdinand Cazalis


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