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Échos d’ici


paru dans CQFD n°104 (octobre 2012), rubrique , par Aristide Bostan
mis en ligne le 30/11/2012 - commentaires

Les éditions Syllepse, qui avaient déjà édité Vengeance d’état. Villiers-le-Bel : des révoltes au procès du collectif Angles morts, récidivent dans l’attaque en règle de l’État en donnant la parole à un autre collectif, Ancrages, formé à l’occasion de la rédaction et de la composition d’un livre-album. Leur laisser la France se présente comme un écrit à sens unique, – « il n’y aura ni dialogue, ni explication, ni contribution à un débat » – où il est question d’identité, de spoliation, JPEGd’amour, de haine.

Il flotte dans l’air comme une odeur d’irréversible. Les plus béats des enthousiastes reconnaissent que les nouveaux tenants du pouvoir central poursuivent ce que Serge Preuss avait appelé en son temps le programme EDDI – pour « élimination définitive des indésirables [1] ». Rien de neuf sous le soleil, toujours les mêmes ombres au tableau du mythe France. Pauvres, immigrés et marginaux comme véritables ennemis. Les bottes se sont saisies de la dernière « crise » en date pour accélérer la cadence.

Il flotte dans l’air comme une odeur d’irréversible. « La France, nous ne lui reconnaissons pas d’existence autre que celle d’un État, une police, des frontières. Nous ne voyons pas l’intérêt qu’il y aurait à s’en réclamer ». Leur laisser la France navigue entre des racines questionnées – images d’archives de familles venues d’ailleurs – et un crachat à la gueule du conte national. « Être un Français, c’est s’accepter comme partie d’un tout niant les conflits irréductibles qui le traversent. » Les pages se succèdent, d’évocations douloureuses en constats chirurgicaux. « Les périphéries n’ont rien à attendre du centre. S’adresser à lui condamne à être éternellement périphérique. »

Sur le disque qui accompagne le livre, le flow enfumé d’Almereyda et d’Al Benz enfonce le clou. « Rien de tendre, rien à attendre, que des nerfs à vif léchant la détente. » À la colère assumée et dirigée du livre répondent onze titres aux paroles denses et imagées, portées par des productions complexes et percutantes. La poésie qui traverse les deux formes – aller-retour - laisse l’impression d’une musique en noir et blanc, d’un texte au style sobre et juste, presque à déclamer. « Pas de don/contre-don. Aucun scrupule à prendre à “la France” ce qui nous sert : des papiers, du fric, une langue. Ce sera sa manière de cotiser pour nous. »

Il flotte dans l’air comme une odeur d’irréversible. « N’essaie pas de m’éteindre ou je m’incendie volontaire. » Leur laisser la France résonne comme le calme d’après la tempête : pour garder en mémoire que « nous n’avons pas de comptes à rendre ni d’efforts à faire : nous sommes ici. »


Notes


[1Serge Preuss, Le Programme EDDI, Série Noire, Gallimard, 1998.



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Par Aristide Bostan


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