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Black RPR

Du profil à retordre


paru dans CQFD n°172 (janvier 2019), par Emilien Bernard
mis en ligne le 15/03/2019 - commentaires

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C’est une remarque neuneu que l’on entend fréquemment en ces temps de tribunaux engorgés par la vague Gilets jaunes, en provenance des médias ou des politiques : les inculpés pour « violences » en manif n’auraient pas « le profil » attendu. Et c’est quelque chose que Nicolas Fensch a sans doute beaucoup entendu une fois arrêté. Informaticien d’une quarantaine d’années, ex-militant gaulliste, il a été inculpé en 2016 pour sa participation à la fameuse attaque d’une voiture de police, quai de Valmy. Une trajectoire qu’il raconte dans l’étonnant Radicalisation express (éditions Divergences, coécrit avec Johan Badour), témoignage d’un Monsieur-tout-le-monde ayant rejoint le si fantasmé « black bloc ».

Printemps 2016, le mouvement contre la loi Travail bat son plein. Nicolas Fensch s’y intéresse peu, pas son monde. Jusqu’à ce jour où il croise une manifestation lors d’une promenade. Il la rejoint avec sa môman et découvre la répression policière : pluie de lacrymo, coups de matraques, etc. La surprise est de taille pour cet ex-RPR, tendance Séguin. Il s’en offusque tant qu’il ne ratera plus une manif. Il raconte sa colère croissante devant «  les crânes ouverts, les gens obligés de se traîner au sol pour trouver un peu d’air, les coups de matraque, les tirs de flash-ball ». Jusqu’au trop plein, qui fatalement explose.

« Tout le monde peut être casseur le temps d’une manifestation », écrit Nicolas Fensch, qui passera 13 mois en prison pour avoir asséné quelques coups de tige métallique à un policier. Une action qu’il met en abîme avec les nombreux blessés et mutilés par les forces de l’ordre à cette même période. C’est là que son expérience résonne véritablement avec la situation actuelle. Alors que les doctrines policières semblent avoir évolué vers une violence encore plus assumée et que les images de mutilation – mains arrachées, éborgnements, etc. – tournent en boucle sur les réseaux sociaux, cette fermeté proclamée pourrait bien avoir des effets délétères pour le pouvoir en place. Combien de nouveaux « radicalisés » à chaque manifestation brutalement réprimée ?

Émilien Bernard


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Par Emilien Bernard


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