CQFD

La Lutte en chantier

Casse-noisettes en procès


paru dans CQFD n°153 (avril 2017), par Christophe Goby
mis en ligne le 17/07/2018 - commentaires

Une grève contre le Festival d’Aix.

Deux représentations annulées.

Trois machinistes en lutte.

Quatre juges des prud’hommes.

Eté 2014, une grève des travailleurs du spectacle enflamme la France. Un nouvel accord Unedic qui doit être renégocié entre les partenaires sociaux, déplaît aux intermittents.

Le Festival d’Aix-en-Provence, c’est, en dehors de son aspect lyrique, d’énormes retombées pécuniaires. Devant les menaces de grève, Bernard Foucroule, son président, morigène ses salariés. Il faut éviter cette grève « pour ne pas faire perdre quelque 65 millions d’euros de retombées. » La culture, c’est capital.

Trois machinistes vont en apprécier l’importance fin juin 2014. Un vote habilement organisé par la direction, sous « une pression monstrueuse » – d’après Guigou Chenvier de la CIP –, annulera à près de 80% toute possibilité de grève. La direction respire. Les mécènes chinois ou les banquiers français du festival se congratulent. Le mécénat c’est 3,6 millions sur un budget de 22, 4 millions. Alors quand des machinistes appellent, malgré tout, leurs camarades à la grève, le directeur les chapitre et appelle ça « des actes de sabotage ».

Ce 27 février 2017, toutes les parties se retrouvent aux prud’hommes. Trois salariés qui n’ont pas été ré-embauchés en 2015 et dont la direction du festival d’Aix a perdu « la confiance ». L’avocat des trois machinistes, maître Cordiez, pas du tout perché, plaide la discrimination syndicale. Faux, répond la partie adverse : « Ils ne sont même pas syndiqués. » Revenant à la charge l’avocat affirme, avec l’appui du Défenseur des droits, que depuis la jurisprudence Arcelor Mittal, il n’est nul besoin d’un mandat syndical pour faire valoir une discrimination. Du côté du festival, on objecte : « Le décor était plus simple, nous n’avons pas eu besoin d’autant de machinistes. » Sauf que « neuf nouvelles embauches volantes ont eu lieu », appuie le Défenseur des droits : le registre du personnel est impitoyable. Un des salariés embauché depuis 14 ans est devenu subitement incompétent : « Il ne veut pas évoluer. » On le vire ! Pire, il aurait participé à des mouvements violents : « Il a ouvert une fenêtre pour faire pénétrer des étrangers. » Des sirènes ont été déclenchées. Manu Apostolo, lui, est convoqué le 4 juillet pour une sanction. On l’a vu sur une photo de La Provence. Y fait-il quelque chose ? Pas plus que Pénélope Fillon. «  La confiance du Festival en eux est ébranlée. » Pour les deux autres c’est en novembre que la convocation tombe.

Les machinistes ont d’autres torts. Ils n’auraient pas demandé le renouvellement de contrat. Eux protestent et ont demandé d’être assistés d’un délégué syndical lors d’entrevues. Refus de la direction. Pour leur avocat, le festival tient un double discours en soutenant la grève mais en sanctionnant ceux qui y participent. Une grève oui, mais en travaillant et en silence, s’il vous plaît. Prière de ne pas déranger les artistes. Le festival est lyrique, mais aussi sacré.

L’avocate du Festival le rappelle : « Il embauche sur trois critères : compétence, ancienneté, et proximité géographique. » S’y ajoutera la confiance, critère difficilement appréciable, avance maître Cordiez.

Du coté festival, les baronnes et autres mécènes, HSBC ou Total, n’apprécient pas qu’on perturbe Les Noces de Figaro. L’avocate qualifie le festival de rebelle et les trois loufiats de malfrats : « J’ai fait grève donc j’ai droit à l’embauche ? », s’offusque-t-elle. On n’a pas encore compris en France qu’il fallait faire grève en travaillant ? Verdict en juin.



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Par Christophe Goby


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