CQFD

Cafca contre média médiocre


paru dans CQFD n°104 (octobre 2012), rubrique , par Sébastien Navarro
mis en ligne le 03/12/2012 - commentaires

Qu’une journaliste soit désignée persona non grata par des précaires se démenant pour protéger leur carne du hachoir administratif, et voilà la pisse-copie qui se pose en victime, allant jusqu’à broder son « rapportage » d’imaginaires violences.

Le collectif d’Autodéfense Face aux Contrôles de l’Administration (alias Cafca) est né en août dernier à l’Allantvers, un squat de Saint-Girons (Ariège) : il s’agissait de porter le fer contre les commissions de solidarité territoriale (CST) du conseil général. Fonctionnant comme des tribunaux à huis clos, les CST peuvent couper les allocs du RSA en cas de non-respect des obligations par le bénéficiaire. Trois fois, les trublions du Cafca vont s’inviter au conseil général pour perturber le déroulement de ces instances disciplinaires. Une machine qui tourne à plein régime en Ariège : en 2011, ils étaient 378 précaires sur un peu plus de 6 000 à voir leurs droits au RSA coupés ; un chiffre qui devrait être en hausse en 2012, puisque l’objectif aurait été fixé à 452 radiations [1].

Le 13 septembre dernier, à Pamiers, alors qu’une quinzaine de membres du Cafca diffusent leur prose contestataire aux passants, une journaliste du site d’informations ariegenews.com approche le groupe. La dame insiste pour illustrer son papier de quelques photos. Après un refus catégorique, cette dernière fait mine de dégager les lieux avant de dégainer son objectif en loucedé. Claquemurée ensuite dans sa bagnole, elle refuse d’effacer les clichés malgré les demandes insistantes des premiers concernés. Vacharde, elle publiera un billet acrimonieux à la titraille hitchcockienne : « Pamiers : un bien étrange collectif pour de bien obscures motivations [2] ». L’article narre par le menu comment la journaliste aurait été empêchée de mener son enquête, « congédiée et même agressée dans son véhicule alors même qu’elle souhaitait quitter le lieu de la “manifestation” ». Une plainte serait déposée dans la foulée de cette « altercation violente ». Rapidement, le Cafca riposte. Niant de quelconques brutalités, ses militants expliqueront vouloir s’organiser par eux-mêmes « sans chef ni médiation », et surtout sans s’encombrer de « la présence intrusive d’un[e] journaliste », surtout quand cette dernière a jugé les précaires rétifs à ses exigences comme ne méritant « qu’à rester dans leur précarité [3]  ».

Débouler dans un rassemblement politique sans même se présenter, voler des photos comme un vulgaire paparazzo (avec visage flouté, pour garantir l’anonymat ou grossir à l’envi l’impression de menace ?), délirer sur un prétendu contexte pugilistique de l’affaire. Voilà le lot de la pisse-copie d’ariegenews.com, chaîne d’info en ligne au contenu à la fois mainstream et régionaliste, dont la ligne éditoriale sent bon l’enfumage : « Délivrer une information pluraliste et indépendante, ouvrir des débats, apporter un éclairage sur une actualité proche de vous. » Pour finir par louer quelques lignes plus loin le professionnalisme, la rigueur et l’honnêteté intellectuelle de ses collaborateurs ! Là, l’enfumage atteint des densités stromboliennes. La charge contre le Cafca de la presse locale ne s’est pas arrêtée là, puisque La Dépêche du Midi ouvrira ses colonnes aux oukases anti-RSA d’Augustin Bonrepaux, président du Conseil général (PS) d’Ariège : « Les contrôles vont être accrus pour les tricheurs et pour ceux qui se moquent de nous avec des projets ubuesques [4]. » Et d’annoncer que d’ici la fin de l’année, ce seront près de 800 personnes qui passeront entre les fourches caudines de la CST. Présent lors d’une des « perturbations » de CST, Stéphane témoigne : « Ce qui est frappant, c’est de voir comment tout discours critique sur la précarité est jugé d’emblée illégitime. Les cadres sont restés dans une posture de gestion de conflit et les travailleurs sociaux ont entretenu un vrai dialogue de sourds. » Quant à la journaliste d’ariegenews.com : « Elle a fait de sa frustration un règlement de comptes personnel avec les précaires de l’Ariège. »


Notes


[3« Ariège, le conseil général socialiste supprime le RSA à des centaines de personnes, et le revendique » : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=6332.

[4La Dépêche du Midi du 20/09/2012.



1 commentaire(s)
  • Le 4 décembre 2012 à 11h03, par A -

    Ce qui est fou c’est qu’ils aient des objectifs chiffrés de radiations annoncés à l’avance. Il font comment s’ils ne trouvent pas assez de fraudeurs, ils en radient 800 tirés au sort ?

    Malheureusement ce n’est même plus surprenant tant s’est répandue cette méthode de management qui consiste à annoncer qu’il y a a priori X% des salariés qui sont "inefficaces", ou des précaires qui sont "fraudeurs" et qu’il suffit de les débusquer pour faire des économies...

    Répondre à ce message

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