CQFD

Des mobilisations massives et ambitieuses

Après George Floyd, l’idée d’abolir la police gagne du terrain


paru dans CQFD n°189 (juillet-août 2020), par Gwenola Ricordeau, illustré par
mis en ligne le 06/07/2020 - commentaires

Depuis le meurtre de George Floyd, la police étatsunienne est sur la sellette. Sous la pression de la rue, municipalités et États fédérés multiplient les mesures de réforme. Insuffisant pour une importante partie des manifestants : ne croyant pas à la possibilité d’une « bonne police », ils demandent tout simplement son abolition. Professeure assistante en justice criminelle à la California State University (site de Chico), Gwenola Ricordeau milite de longue date pour l’abolition du système pénal. Elle livre ici son analyse sur ce moment inédit.

Photo Gwenola Ricordeau {JPEG}

« Vous arrivez encore à dormir  ? », me demandait récemment quelqu’un sur mon compte Twitter. Depuis le début des mobilisations qui ont suivi la mort de George Floyd, je n’ai plus sommeil. Chercheuse [1] et militante abolitionniste depuis vingt ans, je vis dans un pays où la question de l’abolition du système pénal et en particulier de la police n’a jamais été aussi discutée qu’aujourd’hui – et où les mobilisations politiques allant dans ce sens pourraient bien être en train de remporter quelques victoires.

Say their names !

Ces dernières années, les médias ont régulièrement couvert les mobilisations d’ampleur qui ont suivi des meurtres d’hommes noirs, parfois mineurs et souvent désarmés, par des policiers et agents de sécurité généralement blancs. En 2012, il y a eu Trayvon Martin, 17 ans, tué par George Zimmerman, à Sanford (Floride). En août 2014, Michael Brown, 18 ans, tué par Darren Wilson, à Ferguson (Missouri). En novembre 2014, Tamir Rice, 12 ans, a été tué par Timothy Loehmann à Cleveland (Ohio).

Mais toutes les personnes tuées par la police ne se retrouvent pas à la « une » des médias nationaux. En 2017, à Chico, la ville moyenne de Californie du Nord où je réside, la police a tué Desmond Phillips, un jeune Noir ayant des problèmes psychiques. Un drame qui n’a rien d’exceptionnel aux États-Unis.

Il s’agit d’un phénomène de plus vaste ampleur que dans n’importe quel autre pays occidental : chaque année, plus de mille personnes meurent sous les balles de la police [voir encadré 1]. À ce chiffre, il faudrait ajouter le nombre de personnes qui meurent dans les fourgons et les commissariats.

Être victime d’un crime policier – comme être incarcéré – n’arrive pas à « n’importe qui ». Les personnes souffrant de troubles de santé psychiques, celles qui sont en situation de handicap et celles qui sont usagères de produits psychoactifs sont surreprésentées parmi les victimes. Certaines études indiquent même que ces trois catégories de personnes constitueraient la moitié des victimes. L’autre caractéristique des victimes des crimes policiers est raciale : les Noir•es ont trois fois plus de risques d’être tué•es que les personnes blanches. Ce risque est très variable selon les États et même les comtés et, contrairement à un préjugé répandu, il n’y a pas de corrélation entre le niveau de criminalité et le nombre de personnes tuées par la police. Selon le site Mapping Police Violence [2], dans 99 % des cas, ces homicides n’ont aucune suite judiciaire.

Black Lives Matter

George Floyd a été tué le 25 mai à Minneapolis (Minnesota) et les protestations contre les violences policières ont rapidement pris une ampleur sans précédent. L’attention des médias étatsuniens et du reste du monde s’est surtout portée sur le caractère violent et parfois spectaculaire des manifestations et sur les mesures de couvre-feu qui ont été prises. Mais il est également remarquable que des manifestations aient eu lieu dans des villes petites et moyennes, peu habituées aux mobilisations politiques, comme chez moi à Chico où plusieurs rassemblements se sont tenus malgré les mesures de confinement.

Les événements actuels en rappellent d’autres qui avaient également pour ferment le racisme et les violences policières, comme les émeutes de Los Angeles en 1992 après l’acquittement des policiers qui avaient tabassé Rodney King ou celles de Ferguson en août 2014 après la mort de Michael Brown et qui ont contribué à populariser le mouvement Black Lives Matter, lancé l’année précédente.

Néanmoins, par divers aspects, les mobilisations actuelles semblent se distinguer nettement des précédentes. Tout d’abord, beaucoup de personnes blanches semblent découvrir le racisme – et incidemment le racisme de la police et l’ampleur des crimes policiers. Outre leur présence aux rassemblements, les initiatives auxquelles ils et elles prennent part sont multiples : conseils sur les réseaux sociaux pour être de « bons allié•es », appels à soutenir les commerces tenus par des Noir•es et les organisations politiques noires, etc. Par ailleurs, ce mouvement contribue à diffuser une analyse du racisme (notamment dans la police) qui se fait en termes « systémiques » et qui met aussi l’accent sur le suprématisme blanc. Il fait également une large place à l’abolition de la police.

Abolir la police…

Les manifestations ont fait émerger un large mouvement en faveur de la réduction des budgets et du champ d’action de la police. Dans de nombreuses villes, les manifestations ont pris pour mots d’ordre « Defund the police  ! » (« Couper les vivres à la police ») ou « Abolish the police  ! » (« Abolir la police »). L’abolition de la police est devenue l’objet d’un débat national, alors que cette revendication était, il y a quelques semaines encore, cantonnée à la gauche radicale.

Ce mouvement a marqué un point important avec l’engagement pris par des membres du conseil municipal de Minneapolis le 8 juin de démanteler la police de la ville et d’instaurer un autre modèle de sécurité publique. Par ailleurs, des dizaines d’autres villes ont décidé de diminuer les budgets alloués à la police ou de réduire ses prérogatives. Ainsi, la maire de Seattle (État de Washington) a proposé une coupe budgétaire de 20 millions sur un total de près de 400 millions de dollars et le 15 juin, le conseil municipal de la ville a voté à l’unanimité l’interdiction de l’utilisation des gaz lacrymogènes et des techniques d’étranglement par la police. Des universités, comme celle du Minnesota, ont également pris des mesures, comme la suppression de leur propre force de police ou la rupture de leurs conventions avec des forces de police locales. Même le conseil municipal de Chico, une ville où la scène radicale est somme toute très réduite, a été saisi de demandes de diminuer le budget de la police, voire de supprimer celle-ci.

Ces décisions et revendications sont certes à porter au crédit de la puissante mobilisation populaire actuelle, mais aussi des mouvements abolitionnistes [voir encadré 2]. Ainsi, à Minneapolis, une campagne politique en faveur de l’abolition de la police a été notamment menée par la coalition MPD150, dont le nom fait référence à son projet qui était d’abolir la police de Minneapolis en 2017, soit 150 ans après sa fondation. Mais il existe beaucoup d’autres groupes qui travaillent à l’abolition de la police, qu’ils soient nationaux (comme Critical Resistance) ou locaux. Il résulte de cet important travail militant beaucoup de réflexions sur la stratégie abolitionniste et il y a une production importante de textes et de livres sur le sujet, comme Our Enemies in Blue de Kristian Williams [lire son interview en page 10] et The End of Policing d’Alex Vitale.

...ou seulement la réformer ?

En reprenant largement le mot d’ordre « Defund  ! », les mobilisations actuelles ont effectué un glissement : davantage que « contre les violences policières », elles se positionnent désormais plutôt en faveur de l’abolition de la police. La revendication d’un arrêt du financement de la police ne se réduit pas à une attaque contre le coût excessif de la police [voir encadré 3] et donc à une revendication qui serait récupérable par la gauche institutionnelle à travers la réallocation des ressources (entre police et éducation, par exemple).

La revendication de la fin du financement de la police s’inscrit en fait dans une tactique engagée depuis quelques années par les mouvements pour l’abolition de la police et que résume la formule « Disempower, disarm, disband » (« Affaiblir, désarmer, dissoudre » les forces de l’ordre). Elle constitue l’une des huit revendications de la plateforme d’une campagne nationale, #8ToAbolition, dont l’objectif est clairement l’abolition de la police.

Cependant, cette abolition de la police ne fait pas l’unanimité au sein des mobilisations actuelles. Le courant réformiste est notamment représenté par la plateforme #8CantWait, centrée sur la réduction des violences policières. Il appelle notamment à l’amélioration du recrutement et de la formation des policiers et au contrôle du travail policier par des institutions extérieures.

Les désaccords entre les courants abolitionnistes et réformistes sont nombreux et ils se cristallisent notamment sur la question des poursuites pénales pour les policiers auteurs de violences. La « fin de l’impunité policière », centrale pour le courant réformiste, soulève de nombreuses objections d’un point de vue aboli tion niste. En effet, au-delà même de la capacité qu’aurait le mouvement à renverser une arme du pouvoir (le droit) contre le pouvoir lui-même, les mouvements abolitionnistes dénoncent l’utilisation des procédures judiciaires contre certains policiers comme un moyen de perpétuer l’illusion qu’une « bonne police » serait possible.

Faire mouvement

La richesse du mouvement actuel tient à la diversité de ses choix tactiques et de ses moyens d’action et au refus d’un leadership national. Comme le montrent les nombreuses actions de déboulonnage de statues de généraux confédérés, d’esclavagistes ou de colonisateurs, il articule les luttes noires et africaines-américaines [3] et les luttes amérindiennes contre la colonisation de peuplement.

Le mouvement est également remarquable par sa capacité à mobiliser divers secteurs de la société – et notamment les organisations de travailleurs, au sein desquelles l’expulsion des syndicats de policiers des centrales syndicales est de plus en plus discutée. Par ailleurs, le 19 juin (journée de célébration de la fin de l’esclavage aux États-Unis), l’ILWU, un syndicat de dockers, a appelé à la fermeture des ports de la côte Ouest et la manifestation qui a eu lieu à cette occasion dans le port d’Oakland (Californie) a pu compter sur la présence remarquée d’Angela Davis, importante figure des luttes de libération africaines-américaines et abolitionnistes notamment.

Jusqu’à présent, le mouvement a beaucoup pris la rue. Parfois, il a tenté de s’y installer durablement avec l’établissement de « zones autonomes », des espaces dans lesquels la police n’est pas la bienvenue et où s’invente une autre société. À Portland (Oregon), Asheville (Caroline du Nord) et Nashville (Tennessee), les tentatives ont été de courte durée. L’expérience de Camp Maroon à Philadelphie (Pennsylvanie) et celle de la BHAZ (Black House Autonomous Zone) de Washington ont également tourné court. À Seattle en revanche, la CHAZ (Capitol Hill Autonomous Zone), rebaptisée ensuite CHOP (Capitol Hill Occupational Protest), existe toujours à l’heure où sont écrites ces lignes (le 25 juin).

Créée le 8 juin, elle a pour bâtiment emblématique le commissariat du quartier de Capitol Hill abandonné par la police le matin même, au lendemain d’une énième manifestation consécutive à la mort de George Floyd. L’occupation d’une vaste zone (six pâtés de maisons et un parc) permet la tenue d’activités politiques et d’assemblées générales, mais aussi des solidarités matérielles et émotionnelles, comme j’ai pu le constater en me rendant sur place. Ces derniers jours, la CHAZ/CHOP a été mise à rude épreuve par des événements tragiques (on parle d’un homicide et de l’enlèvement d’une femme trans) qui s’y sont produits et sur lesquels il est encore difficile d’avoir des informations fiables. Mais même si elle devait disparaître prochainement, la CHAZ/CHOP aura contribué à un rapport de force qui aura certainement des effets sur les politiques locales.

Les yeux grands ouverts

Les mobilisations actuelles constituent vraisemblablement, pour la gauche radicale, un nouvel essor. La pauvreté et le chômage de masse qui s’installent aux États-Unis dans le sillage de la pandémie sont favorables au renouvellement de ses revendications et de ses tactiques, comme en témoigne par exemple la montée en puissance des organisations de locataires et des grèves de loyers, en particulier dans les grandes villes, comme à Seattle, Los Angeles ou Oakland [4].

Le contexte de la campagne électorale pour la présidence n’est sans doute pas étranger au dynamisme des mobilisations actuelles. Le Parti démocrate est en perte de vitesse : son candidat, Joe Biden, suscite peu d’enthousiasme. Il recueillera quand même le suffrage de ceux et celles qui voudront « faire barrage à Donald Trump », mais tous les soutiens de Bernie Sanders ne se rallieront pas à lui. Dans le même temps, des personnalités démocrates plus à gauche, comme Alexandria Ocasio-Cortez, connaissent une popularité croissante.

Néanmoins, l’hostilité à la gauche radicale est aussi bien palpable. Depuis le 1er juin, Donald Trump fait activement campagne pour que les « antifas » (qu’il désigne comme s’ils constituaient une organisation en soi) figurent sur la liste étatsunienne des organisations terroristes. En outre, un peu partout, on observe la vitalité des groupes d’extrême droite, comme les Boogaloo Boys, les Proud Boys, etc.

L’ampleur des mobilisations actuelles ne dit encore rien de la possibilité d’emporter quelques victoires dans un avenir proche. Mais la sensation de vivre un moment historique est déjà là. Gardons les yeux grands ouverts. Un mois a déjà passé depuis le meurtre de George Floyd et, non, je n’ai toujours pas sommeil – comme une bonne partie de ce pays.

Texte & photo : Gwenola Ricordeau

1 - Pourquoi y a-t-il plus de crimes policiers aux États-Unis qu’en Europe et en France ?

Même en le rapportant à la population, le nombre de victimes de crimes policiers reste beaucoup plus important aux États-Unis que dans les autres pays occidentaux. Outre-Atlantique, sur 10 millions d’habitant•es, plus de 30 personnes sont tuées chaque année par la police. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Allemagne, le chiffre serait entre 0,5 et 2.

La recherche, dont notamment les travaux du sociologue Paul Hirschfield, a dégagé plusieurs facteurs expliquant ce phénomène. Tout d’abord, le nombre d’armes à feu en circulation et les législations peu contraignantes sur le port d’arme incitent les policiers à utiliser les leurs, qu’ils soient en présence d’une personne armée ou seulement suspectée de l’être (un téléphone portable, par exemple, peut être confondu avec une arme). Par ailleurs, les règles qui entourent l’usage des armes, qu’elles soient létales ou dites « non létales », varient selon les forces de police – qui sont très nombreuses (environ 15 000 à l’échelle du pays). Seuls huit États prévoient la possibilité de sommations verbales ou de tirs de sommation avant l’usage d’armes létales. De plus, la Cour suprême a reconnu en 1989 que l’usage des armes létales par la police était permis en cas de « croyance raisonnable en un danger grave et imminent », alors qu’en Europe, il n’est généralement autorisé que dans les situations d’ » absolue nécessité ».

2 - Abolitionnisme pénal et abolition de la police

L’expression « abolitionnisme pénal » désigne un ensemble de développements théoriques et de mobilisations politiques en faveur de l’abolition du système pénal et donc de ses institutions que sont les tribunaux, les prisons et la police. L’abolitionnisme pénal a pris naissance dans les années 1970 dans les pays occidentaux et, depuis, ses revendications, ses tactiques et ses réflexions critiques sur le système pénal ont été diverses. Aux États-Unis, l’abolitionnisme pénal compte parmi ses militantes emblématiques Angela Davis, mais aussi Ruth Wilson Gilmore et Mariame Kaba. Le mouvement national le plus connu est Critical Resistance.

L’abolitionnisme pénal a d’abord pris pour cible la prison (ce que désigne l’expression « luttes anticarcérales »), puis l’ensemble du système pénal. À partir de 2014, dans le sillage de Black Lives Matter, les mobilisations pour l’abolition de la police se sont multipliées. Partant du constat de l’échec des approches réformistes, les mouvements pour l’abolition de la police reprennent des tactiques de lutte classiques de l’abolitionnisme : par exemple, les mobilisations contre la construction de nouveaux commissariats et pour arrêter les financements de la police sont le pendant des luttes anticarcérales contre la construction de nouvelles prisons et contre les sociétes qui construisent ou gèrent des prisons. Ces mouvements reprennent également certaines revendications comme la décriminalisation du travail du sexe ou de l’usage de produits stupéfiants.

3 - Le coût de la police

Le « coût social » de l’existence de la police est énorme et difficile à évaluer. Quel est le « coût » pour les minorités ethniques du harcèlement policier dont elles sont l’objet ? Quel est le « coût » de la peur d’être victime d’un crime policier ?

Même en laissant de côté ces questions, coût financier de la police apparaît exorbitant. Par exemple, le budget annuel de la police de New York s’élève à 5 milliards de dollars ; celui de Los Angeles s’élève à 3 milliards (ce qui représente un tiers du budget de la ville). Les budgets alloués aux forces de police ont été multipliés par trois depuis la fin des années 1970 et ils n’ont pas baissé avec le recul du taux de criminalité depuis les années 1990. Cette augmentation des budgets de la police (et plus généralement de la sphère répressive), qui est allée de pair avec la diminution du financement des secteurs de la santé, de l’éducation ou du social, se traduit notamment par l’utilisation de technologies de plus en plus sophistiquées et l’équipement des policiers en armes très coûteuses et auparavant réservées à un usage militaire. Mais les forces de police sont également des sources de revenus pour certaines municipalités dont les budgets réduits dépendent notamment du paiement des amendes et contraventions dressées par les policiers.


La Une du n°189 de CQFD, illustrée par Jean Codo & Zam Zam {JPEG}

- Cet article est un extrait d’un dossier de 6 pages consacré aux violences policières et au racisme aux États-Unis. Ce dossier a été publié sur papier dans le numéro 189 de CQFD, en kiosque du 3 juillet au 3 septembre. Voir le sommaire du journal.

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Notes


[1Gwenola Ricordeau est l’autrice de Pour elles toutes – Femmes contre la prison, Lux Éditeur (2019). Elle a récemment été interviewée dans ces colonnes à ce sujet : « Le système pénal prévient mal les violences faites aux femmes », CQFD n° 187 (mai 2020).

[3Les Africain•es-Américain•es sont les descendant•es des esclaves. Le terme « Noir•es » inclut aussi les immigré•es arrivé•es plus tard aux États-Unis et leurs descendant•es.

[4Lire « Tous ensemble, tous ensemble, grève des loyers ! », CQFD n° 187 (mai 2020).



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