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Appel gourmand à l’insurrection des existences


paru dans CQFD n°106 (décembre 2012), rubrique , par Noël Godin
mis en ligne le 29/01/2013 - commentaires

Eugène Varlin par Félix Valloton {PNG}Une petite balade digestive dans les livres récents traitant de la réimagination séditieuse du monde. Dans Aux origines du socialisme moderne (L’Atelier, 2010), l’érudit Michel Cordillot, à qui l’on doit La Sociale en Amérique (L’Atelier, 2002), nous apprend que la Première Internationale fut diantrement moins engelso-marxiste qu’on ne le croit. Très « disparate dans ses composants », elle regorgeait de proudhoniens, de fouriéristes, de libertaires, de blanquistes et d’insurgés peu étiquetables, tels les futurs fers de lance de la Commune à la trajectoire complexe, Eugène Varlin et l’ouvrier bronzier Zéphirin Camélinat.

On reste au XIXe siècle avec la nouvelle biographie critique du professeur Jonathan Beecher, de Santa Cruz, auteur de Fourier, le visionnaire et son monde (Fayard, 1993), la meilleure vie de Charles Fourier frigoussée à ce jour. Dans Victor Considérant. Grandeur et décadence du socialisme romantique (Les Presses du réel, 2012), notre expert en utopies détaille, avec minutie ce coup-ci, les écrits et les tribulations du principal disciple du « bonhomme Fourier » qui joua un rôle clé dans les essais de création de phalanstères en Europe, en Russie et aux States. Certes, Victor Considérant, que Beecher appelle « le Don Quichotte du premier socialisme », ne manquait pas de mérite. Mais il est impossible de chérir sa mémoire, lorsqu’on sait qu’il n’a cessé d’édulcorer le projet fouriériste, qu’il trouvait parfois choquant. ou bien qu’il a été en dessous de tout en 1855, dans sa communauté utopiste du Texas : devant faire face à de gros problèmes (il avait recruté trop de monde !), il ne trouva rien de mieux que de « se réfugier dans son hamac, paralysé par l’abattement ».

On se retrouve en nos temps apocalyptiques avec l’affriandant Socialisme gourmand de Paul Ariès (La Découverte, 2012) qui est un foudroyant « appel à favoriser les dynamiques de décrochage et les actes de “désadhésion“, un appel à l’expérimentation et à l’insurrection des existences ». Le dernier pamphlet du fricasseur des secouants Désobéir et grandir (Écosociété, 2009) et Cohn-Bendit, l’imposture (Max Milo, 2010), à ranger dans nos étagères entre John Holloway et Raoul Vaneigem, est tellement chouaga qu’il se passe allègrement de tout commentaire : « Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui préfère chanter au présent plutôt que d’attendre des lendemains qui chantent, une nouvelle gauche qui en ait fini avec la foi dans la technoscience salvatrice et le mythe de la croissance économique, avec l’idée de générations sacrifiées au nom de l’Histoire ; une nouvelle gauche comprenant que le monde de demain ressemblera déjà à ce que nous sommes capables de vivre entre nous. »

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