CQFD

1fatigable, L’1nconsolable


paru dans CQFD n°94 (novembre 2011), rubrique , par Nicolas Arraitz
mis en ligne le 10/01/2012 - commentaires

Et si c’était le flow le plus cool depuis MC Solar ? Peu de chance pourtant d’entendre l’1consolable sur Skyrock ou France Inter… Sur une base de guitare minimaliste ou de contrebasse jazzy, ce frêle garçon déroule des diatribes incompatibles avec la guimauve radiophonique. « J’ai l’blues du taf, alors j’me casse à la caf » : en 2009, l’ami rappait depuis le fond d’une chaise longue dans la salle de concert de la MJC de Martigues, bastion rouge de la périphérie marseillaise. Ce soir-là, CQFD animait dans la foulée un débat sur la critique du travail [1]. Surprenant : les prolos présents étaient sensibles à nos arguments, contrairement à certains travailleurs de la culture, militants du PCF, qui avaient du mal à cacher leur agacement.

Deux ans plus tard, un CD vient confirmer le scandâââle. L’1consolable est payé à rien foutre – L’1consolable est payé à foutre la merde [2] est un double concept album – comme le Tommy de The Who, mais en moins psychédélique, plus hargneux, moins flower power, plus actuel. Cet opus autoproduit est sans aucun doute 100 % pur jus de l’époque. Infatigable pourfendeur de la bienséance et de la résignation, l’1consolable préconise un néo-épicurisme tendance décroissante en vingt-quatre morceaux de bravoure à la nonchalance affichée. Le volume deux consacre le plus clair de son venin à étriller les médias et la politique avec une ironie mordante – la figure du canidé, soumis ou enragé, est ici récurrente, comme dans « PAF les chiens ».

« Je veux refaire de l’avenir une promesse, draguait le candidat Sarkozy en 2007, promettant la lune aux blaireaux. Parce que, quand on est propriétaire, on n’est plus en situation de précarité. » La bonne blague ! Voilà le genre de démagogie dont sont saupoudrées les plages où se prélasse notre provocateur né, pour mieux la couvrir de ridicule en l’entrecoupant de samples des films Attention, Danger travail et Volem rien foutre al païs. On fait un pas de côté pour sortir des rangs, mais on ne perd pas de vue le monde tel qu’il bêle.

Un regret, d’ailleurs : on aimerait entendre, après l’énoncé de ce manifeste de branleur magnifique, un peu plus d’histoires vécues avec quoi le chômeur, heureux ou pas, repeuple son temps libre. L’1consolable, qui ne perd pas sa vie devant la télé, devrait se laisser aller en mots à ces dérives qu’il affectionne lors de ses « parkours » dans les sous-bois. Dérape, l’ami, et régale-nous aussi de paroles moins déclamées. Raconte-nous les rencontres et les gueules de bois émouvantes qu’on ne manque pas de se faire dans les rues quand on a le temps d’y flâner. Et longue vie à toi.


Notes


[1Lire Le Manifeste des chômeurs heureux, Le Chien rouge, 2007.

[2Commande mail : l1consolable@hotmail.com et plus d’infos et de clips sur http://l1consolable.free.fr.



1 commentaire(s)
  • Le 11 janvier 2012 à 17h56, par Croizat Paweur -

    Ode à la branlette, louanges à la passivité, il est des gens qui vivent de cette façon, ça ne me dérange pas le moins du monde. Il faut dire qu’en ces temps de pseudo-crise (de radinerie Bourso-Etatique organisée, quoi !), le chômage fait partie de l’actualité. Ce qu’il faut avoir en tête, c’est le discours ambiant qui consiste à faire en sorte d’opposer le travailleur au chômeur (volontaire, à ce qui parait...) et, de ce fait, faire culpabiliser celui (ou celle) qui aurait le malheur de bénéficier (ouh l’nanti !) des "largesses" de l’assurance chômage et autres revenus minimums. Ce qui est rassurant, c’est que certain-e-s ont décidé de prendre le problème à l’envers, c’est à dire, qu’au lieu de se morfondre sur leur sort, ils se décomplexent (alors, y’a pas que la droite, hein, hein !) et font presque l’apologie de leur condition. Dans cet état de fait, quelques-uns (l’1consolable, pour ne pas le citer), poussent l’expérience aux frontières de la décroissance (si j’ai bien compris ce que j’ai lu sur son site). Petit bémol, ceux qui décident de vivre comme ils l’entendent (pas seulement d’amour et d’eau fraîche) ont besoin d’un minimum ne serait-ce pour bouffer et se loger et d’où peut provenir ce minimum hormis de la "manche" ou de dons gracieux de la part d’amis ? Des aides sociales ! Les aides sociales, qui les financent en (très) grande partie ? Les contribuables (j’ai pas dit Liliane...). Qui sont-ils, que font-ils ? Des (hyper)actifs et ils travaillent !!! Ce qui revient à dire que si tout le monde se met à branler, bah y’aura pu’ d’sous pour l’permettre ! Tiens, tant que j’y pense, il faut bien qu’il y en ait un minimum qui travaille, ne serait-ce que les médecins ! Ceci dit, votre article ouvre un vaste débat sur notre dépendance (mentalo-pécunière ) au travail et à notre rejet de l’oisiveté (même occasionnelle). Longue vie aux chaises longues et au Chien Rouge !

    Répondre à ce message

Ajouter un commentaire

Par Nicolas Arraitz


Dans le même numéro


1 | 2 | 3

Voir






Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts